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À Lille, le séisme écolo n’a pas eu lieu
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À Lille, le séisme écolo n’a pas eu lieu

Le deuxième tour des élections municipales s’est enfin tenu ce dimanche en France. Dans le Nord - Pas-de-Calais, les regards étaient tournés vers Lille où les Verts et le Parti socialiste s’étaient engagés dans un duel surprenant.

227 voix d’écart. À 21h45, au moment de monter sur l’estrade à l’hôtel de ville de Lille pour la proclamation des résultats, Martine Aubry peut souffler. Et sourire. Elle est réélue maire et va entamer un quatrième mandat. Ce n’était pas gagné. Toute la soirée, les chiffres ont bruissé sur les réseaux sociaux et les plateaux télés. Peu après 20h, France 3 Nord - Pas-de-Calais annonçait encore son challenger Europe Écologie Les Verts (EELV) Stéphane Baly devant d’une courte tête. Au micro, donc, Martine Aubry peut enfin se détendre. Et souligner son immense bonheur à poursuivre son mandat dans cette ville, avant d’annoncer avoir envie «d’aller plus vite dans la transition écologique»…

Ce dimanche 28 juin aura donc été l’épilogue d’un fol entre-deux-tours lillois qui aura surpris tous les observateurs. Après un premier tour où Stéphane Baly talonnait Martine Aubry (24% contre 29%), on se disait bien que les deux listes allaient s’accorder et fusionner, comme depuis des décennies dans la capitale des Flandres. Sauf que patatras : après la période de confinement pour cause de Covid-19, les négociations ont achoppé. Fin mai, l’équipe socialiste se fendait d’un cinglant communiqué : « Nous regrettons que les représentants de « Lille Verte 2020 » n’aient semblé intéressés que par des accords d’appareil, reléguant au second plan le projet municipal pourtant déterminant pour les Lillois et l’avenir de Lille ». La guerre était déclarée et la tension n’en allait pas finir de monter les semaines suivantes jusqu’à un sondage publié par La Voix du Nord à dix jours du premier tour, donnant les Verts juste deux points derrière la maire de Lille !

Comment analyser ce résultat ? Il faut déjà noter la très forte abstention à Lille : 68 % des électeurs ne se sont pas déplacés ! La ville reste bien à gauche également avec 80% des suffrages qui se sont portés sur EELV ou le PS. Il reste tout de même très clair que Martine Aubry est passée à deux pas du combat de trop dans un contexte porteur pour les écologistes au niveau national (les candidats écologistes ou apparentés remportent Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Tours…).

Des défis

Son mandat s’annonce inédit. Du fait de cette candidature en solo, pour la première fois, elle n’a pas à partager sa majorité avec les Verts. Elle aura 43 élus purement aubryistes ! De quoi en théorie exercer le pouvoir sans partage. Sauf que les douze élus verts peuvent au moins revendiquer un nombre semblable d’électeurs. Le dossier de l’aménagement de la friche Saint-Sauveur (une ancienne gare de marchandises), qui a agité la campagne, donnera un indice sur la manière dont va se dérouler ce nouveau mandat. Martine Aubry devra aussi composer avec les ambitions des six élus de la liste LREM qui ont réalisé 20% des voix sous la houlette de son ancienne directrice de cabinet, Violette Spillebout. Un score décevant pour le parti présidentiel.

Parallèlement à son travail sur le destin de la capitale des Flandres, la bientôt septuagénaire devra enfin régler le problème de sa succession. Ce qu’elle n’a pas réussi à faire pendant ce mandat, qui aurait dû être le dernier. Las, son fidèle second, Pierre de Saintignon, est décédé quand François Lamy, ex-ministre, auto-parachuté à Lille et envisagé pour la succession, n’est pas parvenu à décrocher de mandat électif depuis son arrivée en 2014 et n’était même pas sur la liste pour ces municipales… Audrey Linkenheld, adjointe fidèle, ex-députée, qui fut un temps présentée comme sa dauphine, peut-elle reprendre ce flambeau ? Celle qui était dimanche juste à côté de Martine Aubry sur l’estrade a six ans pour s’y préparer. À moins que d’autres figures n’émergent dans l’équipe ?

Ailleurs dans la région

Que retenir dans les autres villes de la région ? Aucun changement de maire dans la plupart des grandes villes qui jouaient un second tour : Arnaud Decagny repasse à Maubeuge, Guillaume Delbar à Roubaix, Frédéric Chéreau à Douai, Daniel Fasquelle au Touquet, Gérard Caudron à Villeneuve-d’Ascq, etc.

Deux « surprises » en revanche dans les villes de Flandre intérieure. À 28 ans, Valentin Belleval devient le jeune maire de la ville d’Hazebrouck (divers droite) au détriment du sortant Bernard Debaecker. Antony Gautier, ancien adjoint PS de Martine Aubry à Lille, prend la tête de la ville de Bailleul. Autre commune bien connue des Belges, Bray-Dunes, à la frontière avec La Panne. C’est Christiane Gilloots, dans l’équipe sortante, qui emporte de justesse la station balnéaire la plus au nord de l’Hexagone.

Dans le Pas-de-Calais, le principal mouvement concerne Bruay-la-Buissière qui devient la deuxième ville du département à basculer du côté de l’extrême-droite, après Hénin-Beaumont, acquise en 2014 et remportée à nouveau par Steeve Briois dès mars. C’est le jeune député Ludovic Pajot qui dirigera la cité de l’ex-bassin minier les six prochaines années. Il permet au parti de Marine Le Pen de sauver un bilan globalement décevant dans la région.

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