Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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L’essor du portrait gravé dans les Anciens Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles
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L’essor du portrait gravé dans les Anciens Pays-Bas aux XVIe et XVIIe siècles

Aux XVIe et XVIIe siècles, il y a un engouement pour le portrait gravé. Si ce phénomène n’est pas unique aux Anciens Pays-Bas, c’est dans cette zone géographique que le portrait gravé va connaître ses premières vraies évolutions. Parmi elles, l’apparition du format médaillon qui permet une forme de démocratisation du portrait.

Dans les Anciens Pays-Bas, entre 1550 et 1630, le portrait gravé se développe et connaît un essor international. L’apparition de ce type d’images remonte au début du XVIe siècle et n’est pas spécifique aux Pays-Bas, mais c’est dans cette zone géographique que le portrait gravé connaît à partir des années 1550 ses premières réelles évolutions avec l’apparition de grands graveurs portraitistes, une intensification de la production et, surtout, l’utilisation inédite du format médaillon pour ce type de représentations. Nous nous intéressons à l’émergence de ce phénomène de la seconde moitié du XVIe siècle jusqu’aux années 1630. Cette tranche chronologique d’environ 80 ans constitue en quelque sorte les prémices d’un usage massif et à grande échelle des portraits gravés.

À partir des années 1620-1630, des «géants» de la gravure comme Peter Paul Rubens (1577-1640) ou Antoon Van Dyck (1599-1641) contribueront à en faire une production standardisée et très prisée. Notre étude du portrait gravé se situe donc juste avant ces années fastes et consiste à comprendre comment est apparu et s’est mis en place ce phénomène qui va connaître un succès très important dans l’Europe entière, tant dans les milieux curiaux que dans les classes plus modestes de la société. Une approche chronologique et stylistique de ce type d’images permet de mettre en évidence la date et le foyer géographique de leur apparition, les différents types qui étaient produits ainsi que leurs utilisations.

Contrairement à son homologue peint, le portrait en gravure n’a pas encore bénéficié d’études approfondies. Pourtant, il induit nombre d’interrogations intéressantes, notamment quant à son utilisation politique, mémorielle, sociale. En tant que nouveau média qui va plaire et dont les possibilités seront très vites comprises et adoptées par différentes classes de la société, le portrait gravé va parfois suppléer à la peinture.

Il existe en réalité deux types de portraits gravés. Le premier type, de format rectangulaire, est plus classique et reprend les codes des portraits que l’on peut retrouver en peinture depuis le XVe siècle. Le personnage est la plupart du temps représenté debout ou en buste, portant les attributs de sa fonction. Ce type de portrait commence à être produit à Anvers vers les années 1540 et sera d’abord utilisé pour réaliser et diffuser des portraits de souverains. La production se développera ensuite à Haarlem et à Amsterdam aux alentours de la décennie 1570-1580. Le portrait rectangulaire est largement utilisé dans les suites de portraits d’hommes illustres, un type de publication qui suscite un intérêt nouveau au XVIe siècle, souvent éditées dans des livres d’illustration.

Le format de la suite de portraits d’hommes illustres peut être mis en relation avec la notion de lignée. En peinture, des suites de portraits de princes ou d’hommes illustres existent depuis le Moyen Âge pour honorer la mémoire des ancêtres et inscrire le commanditaire dans une lignée prestigieuse. Cette tradition semble s’être poursuivie en gravure, permettant de diffuser les effigies de ces prestigieux personnages à une échelle beaucoup plus grande, mais permettant également, grâce au coût peu élevé de la gravure, de représenter des personnalités qui ne soient pas royales.

La gravure permet en quelque sorte de démocratiser l’utilisation du portrait. Nous trouvons ainsi de nombreuses compilations de portraits de souverains, de grandes figures religieuses, mais aussi de savants ou d’artistes. Dans certains cas, le caractère local des personnalités représentées montre qu’il y avait également derrière ces suites de portraits l’intention de donner une image nationale prestigieuse. C’est le cas pour l’ouvrage de Dominique Lampson, Les Effigies des Peintres célèbres des Pays-Bas, qui montre une glorieuse image des peintres néerlandais. Par ailleurs, ces portraits présentent souvent un caractère officiel: le sujet est montré dans un décor d’intérieur, devant une fenêtre ou une table par exemple, portant les armoiries de sa famille ou les attributs de sa fonction. Les cadres sont toujours très sobres, voire inexistants.

Le second format, en médaillon, met en scène un personnage en buste, dans un ovale portant son nom et sa fonction, avec parfois un cadre ornant la représentation. Si le format médaillon est à l’époque connu, par exemple, à travers l’art de la miniature ou la sculpture, il n’apparaît dans nos portraits gravés qu’à partir des années 1550, là encore dans la ville d’Anvers. Il se diffusera ensuite à Haarlem et Amsterdam à partir des années 1570-1580.

Le portrait médaillon présente des caractéristiques bien différentes de celles de son homologue rectangulaire: il est assez peu utilisé dans les suites de portraits d’hommes illustres ou dans les livres d’illustration. On le retrouve au contraire dans une plus grande mesure pour les portraits dits isolés, c’est-à-dire non inscrits dans une suite. Dans un cas comme dans l'autre, ces portraits sont dépourvus de décor intérieur et montrent la personne représentée seule, l’attention du spectateur étant toute focalisée sur son visage. Même les plus grands souverains, lorsqu’ils sont représentés dans ces médaillons, ne possèdent pas d’attributs particuliers et, comme les personnages moins prestigieux, ne sont reconnaissables qu’à leur nom inscrit sur le pourtour du cadre, leurs vêtements étant les seuls indices de leur rang.

Si ce type de portraits fait son apparition à Anvers, l’engouement pour celui-ci semble avoir été porté en partie par le graveur Hendrick Goltzius (1558-1617), actif à Haarlem à partir des années 1570-1580. En privilégiant ce format notamment pour des portraits de nobles et en bénéficiant d’une grande liberté d’expression, puisqu’il travaillait seul et choisissait ses commandes, Goltzius semble avoir lancé la mode du portrait en médaillon en gravure pour les hautes classes de la société. Mais on trouve également dans son corpus un certain nombre de portraits d’inconnus gravés sur des métaux précieux comme de l’or ou de l’argent, qui correspondent probablement à des commandes de particuliers destinées à être offertes à un être cher, montrant bien que ce type de production n’était pas réservé à de nobles commanditaires dont le nom est passé à la postérité.

À Anvers, le graveur Johannes Wierix (1549-1620) semble s’inspirer du format de Goltzius pour réaliser, lui aussi, de petits portraits en médaillon de personnes qui nous sont inconnues, fonctionnant parfois par paires. Là encore, on pense à des commandes particulières d’habitants de la ville dont nous n’avons pas de traces.

Néanmoins, les personnes les plus représentées dans ce type de portraits sont les érudits, savants et humanistes de l’époque. Cela peut s’expliquer par la pratique du portrait d’amitié: les humanistes, artistes et poètes entretenant des relations amicales s’envoyaient fréquemment des portraits dits d’amitié. Soit ils représentaient leurs amis, soit ils leur envoyaient leur propre effigie. Ces portraits présentent souvent des cadres fastueux, architecturés, ornés d’allégories, de personnifications, de trophées et divers instruments, comme si ce cadre constituait une reconnaissance de la personne représentée par ses pairs. Réalisés en hommage à une personne admirée, ils appuient le fait que le format inédit du médaillon était réservé à des représentations intimes, personnelles, quand le format rectangulaire possède une dimension plus officielle.

C’est justement ce format intime qui va rapidement être diffusé dans toute l’Europe et connaître un très grand succès, notamment dans les milieux de cour. Les raisons de ce succès sont encore à déterminer, et des recherches dans les archives d’Anvers, Amsterdam et Haarlem devraient permettre prochainement d’apporter de nouveaux éclairages sur cette question.

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