Mina Kruseman, une diva charitable: les racines philanthropiques du mouvement des femmes
Mère et épouse. Au milieu du XIXe siècle, les Néerlandaises ne pouvaient pour ainsi dire prétendre à aucun autre rôle. Pour ces femmes, la philanthropie devint un moyen de se rendre utile ailleurs qu’entre leurs quatre murs. C’est ainsi que naquit le mouvement pour les droits des femmes aux Pays-Bas, bien qu’il se limita longtemps à des initiatives conformes à la pensée calviniste dominante. Mina Kruseman, elle, ne se laissa enfermer dans aucun carcan: écrivaine et artiste féministe, elle prouva avec éclat qu’une femme charitable pouvait faire bien plus que «parader, mendier ou faire partie des meubles».
«Je sais que je suis ici à l’extrême limite de ce qui sied à une femme», s’excusa l’écrivaine Elise van Calcar lorsqu’elle eut l’audace de devenir, en 1860, la première femme néerlandaise à monter sur une estrade et à prendre réellement la parole en public. À cette époque, une brave femme était une femme silencieuse. Une femme docile, serviable et gracieuse, comme le voulaient les mœurs en vigueur. Le rôle de la femme était de s’occuper du ménage et des enfants, et la vie publique et politique était l’apanage des hommes. D’ailleurs, si Van Calcar a pu s’exprimer devant une salle comble au Felix Meritis d’Amsterdam, c’est parce qu’elle bénéficiait de circonstances atténuantes: son allocution traitait de la manière dont les mères pouvaient contribuer à une éducation plus harmonieuse de leurs enfants en bas âge – une bonne cause, certes, mais surtout un sujet qui «seyait» à une femme.
Cinq ans plus tard, le public masculin trouvait toujours aussi incongru qu’une femme prenne la parole en public. Après avoir assisté à une conférence de Mienette Storm-van der Chijs, un homme se dit même soulagé que le but de la fortunée veuve et féministe ait été d’aider les jeunes filles non mariées à mener une existence indépendante, et non de promouvoir une émancipation que bon nombre de ses pairs jugeaient indésirable et inutile. «C’était une vision singulière, cette dame à la toilette impeccable et à la voix claire, campée derrière le pupitre.»
Mis à part des cours de couture et, parfois, quelques leçons de dessin et de musique, les jeunes filles, même de bonne famille, ne recevaient à peu de choses près aucune éducation. Il faut dire qu’elles n’en avaient pas besoin, puisque leur seul rôle était de se marier et d’avoir des enfants. Les garçons issus des milieux aisés étaient bien entendu envoyés à l’école primaire et secondaire, puis poursuivaient généralement des études supérieures. Mais si les femmes avaient employé leur matière grise de cette manière, cela les aurait forcément détournées de leurs tâches domestiques, et, par extension, de leurs enfants et leur époux. Une fois mariées, les femmes devenaient légalement incompétentes. Cela signifie qu’elles n’avaient pas le droit de gérer des biens ou des comptes bancaires, et encore moins de signer des contrats. Elles ne pouvaient pas non plus voter. Quant au divorce, il n’était possible qu’en cas d’infidélité, de maltraitance ou de délit… à condition de pouvoir prouver les faits. Et d’être prête à vivre sans le sou et sans ses enfants.
(In)décence
Dans ce contexte, l’écrivaine, chanteuse et actrice Mina Kruseman (1839-1922) fit naturellement des vagues lorsqu’elle se lança dans une série de conférences féministes, en 1873. D’autres femmes étaient certes montées sur scène avant elle, mais, contrairement à ses vertueuses prédécesseures, cette fille de militaire devenue artiste et pacifiste se refusa à toute forme d’excuse, d’humilité feinte ou de fausse modestie. Plutôt que de rester plantée derrière une chaire, elle arpentait les planches en tenant nonchalamment ses notes à la main, déclamant avec enthousiasme et humour un texte qu’elle connaissait en grande partie par cœur. À la «décence» des tenues adoptées par ses contemporaines (y compris sa compagne de tournée, la célèbre écrivaine féministe Betsy Perk), elle préférait la flamboyance des robes à traîne et des décolletés qui faisaient jaser dans les foyers. De toute évidence, Kruseman savait jouer de sa prestance et de la fascination qu’elle exerçait sur les hommes.
Par la radicalité de son amour-propre, Mina Kruseman remit l’altruisme prométhéen au goût du jour. © Wikimedia Commons
Avec son discours radical, Mina Kruseman jeta un pavé dans la mare. Exit le mariage, la maternité et la petite vie bien rangée. Pour elle, les femmes devaient être libres de vivre comme elles l’entendaient, et de voler de leurs propres ailes sans dépendre (financièrement) d’un homme. Elle ne voyait en outre aucune raison d’avoir des enfants. Mettre au monde des fils qui finiraient dans l’armée ne l’intéressait pas plus que d’avoir des filles qui n’auraient droit ni à la liberté ni à l’indépendance. «Pourquoi», se demanda-t-elle, «les hommes –en général, mais surtout aux Pays-Bas– s’opposent-ils tant au développement des femmes? La femme dépend de l’homme parce qu’on affûte l’esprit des hommes et qu’on muselle celui des femmes. Parce qu’on apprend à l’homme à penser et à la femme à obéir. Parce qu’on donne aux hommes la liberté d’agir et à la femme l’ordre de suivre. Parce qu’on respecte un homme sans femme, mais qu’on se moque d’une femme sans homme.»
Selon Kruseman, les femmes étaient, en principe, aptes à exercer n’importe quel métier. Elle entendait donc encourager toute femme forte et en bonne santé à faire plus que «parader, mendier ou faire partie des meubles». «Il n’y a rien que je hais plus en ce monde que ce que l’on qualifie d’ordinaire», avait-elle écrit dans sa première lettre à Betsy Perk, qui jouissait déjà d’une certaine notoriété en tant qu’écrivaine et fondatrice d’Arbeid Adelt, le premier mouvement des femmes aux Pays-Bas. «Et j’admire chaque femme qui ose s’élever au-dessus de la médiocrité.»
Mina Kruseman n’était rien de moins qu’une diva avec un sens aigu de la publicité. À la fois charmante et pétillante, elle parvint à séduire de nombreux auditoires aux quatre coins des Pays-Bas, mais aussi à Gand. Ses conférences, qu’elle rendait divertissantes au possible, suscitaient invariablement des réactions passionnées –dans un sens comme dans l’autre. Les journaux ne se privaient pas d’écrire à son sujet, saluant son irrésistible éloquence, sa vision inspirante et novatrice, et ses deux livres publiés en 1873, qui firent d’elle une incontournable figure publique. Adorée ou abhorrée, elle ne laissait personne indifférent.
Mouvement philanthropique
À l’instar d’Aletta Jacobs et de Wilhelmina Drucker, Mina Kruseman compte parmi les grandes précurseures du mouvement des femmes aux Pays-Bas. Pour bien comprendre la philanthropie prônée par Kruseman, il faut remonter aux années 1820-1850 et à l’émergence d’une nouvelle forme de «bienfaisance» chrétienne sur la base de laquelle se développa, dans les années 1870-1920, un mouvement politique qui militait pour que les Néerlandaises accèdent enfin à l’éducation, au travail rémunéré et au droit de vote. Cette période est aujourd’hui connue sous le nom de «première vague féministe».
Au début du XIXe siècle, la pauvreté était perçue comme une faute morale; la conséquence logique d’une propension à l’oisiveté, d’un excès de boisson ou d’un manque de ferveur religieuse. La philosophie des Lumières changea la donne en s’intéressant de plus près aux véritables causes de l’indigence. Sous l’influence de mouvements tels que le réveil protestant, l’ancienne tendance au jugement critique fut remplacée par une approche plus charitable tenant compte de l’environnement et des conditions sociales de chacun. Au lieu de se contenter d’aimer leur prochain en lui faisant l’aumône, des chrétiennes de la haute société décidèrent d’appliquer ces nouveaux préceptes en frappant aux portes des familles démunies, en visitant des hospices délabrés (les futurs hôpitaux), et même en s’aventurant dans des prisons pour femmes. Révoltées par ce qu’elles découvrirent, elles se donnèrent pour mission d’autonomiser les femmes et les jeunes filles par l’éducation et le travail, fondant à cette fin une école de couture pour jeunes nécessiteuses, en 1831.
Cinq pionnières du féminisme aux Pays-Bas: Elise van Calcar fut la première Néerlandaise à prendre la parole en public; Mienette Storm-van der Chijs était une riche veuve et féministe; l’écrivaine Betsy Perk entreprit une tournée de conférences à travers les Pays-Bas avec Mina Kruseman; Aletta Jacobs fut la première femme médecin des Pays-Bas; Wilhelmina Drucker était une écrivaine et activiste engagée pour la paix © Wikimedia Commons
À partir de 1840, les organisations de bienfaisance dirigées par des femmes se multiplièrent. La communauté protestante ouvrit des établissements de santé dans lesquels les soins étaient prodigués par des diaconesses, et des chrétiennes instruites délaissèrent (en partie) la haute société pour s’occuper de femmes marginalisées au sein de refuges pour filles et femmes «perdues» –ce qui fut, au début, assez mal perçu.
Ce qui commença par des initiatives individuelles indépendantes se transforma peu à peu en un mouvement philanthropique plus organisé rassemblant des femmes de tous horizons. Elise van Calcar écrivit en 1856: «S’il existe un domaine propice à l’abolition des barrières entre les gens, c’est bien celui de la souffrance humaine.»
Ces nouvelles activités philanthropiques permirent aux riches bourgeoises d’échapper à la monotonie du quotidien et de mener une existence plus active tout en servant une noble cause. Mais même si elles leur ouvraient de nouvelles perspectives, les idées émancipatrices de ces femmes s’inscrivaient toujours dans le cadre d’une «vocation socio-religieuse» (et de la transmission de celle-ci) et restaient limitées à des domaines traditionnellement réservés aux femmes tels que les soins, les enfants, l’éducation et les tâches ménagères. La plupart des Néerlandaises agissaient en fait en braves calvinistes, et non en véritables avocates des droits des femmes. Et celles qui faisaient fi des normes imposées par la société étaient généralement tournées en ridicule.
Prométhée
Mina Kruseman détestait cette pensée traditionaliste. Elle l’exécrait même de tout son cœur. Elle réprouvait plus que quiconque la manière dont la religion, les lois et les règles de bienséance freinaient et restreignaient l’épanouissement de ses concitoyennes. À vrai dire, elle n’avait aucune estime pour ces charitables dames dont les pieux discours et les bonnes actions n’étaient, à ses yeux, qu’un moyen de faire valoir leur propre noblesse d’âme. Pour elle, la seule véritable clé de la liberté des femmes était l’indépendance économique. Préférant l’amour-propre à l’abnégation, elle avait d’ailleurs pour règle d’or de ne jamais rien faire gratuitement.
Cela ne signifie pas qu’elle n’était pas charitable; elle le manifestait tout simplement autrement. La philosophie de Mina Kruseman correspondait en fait à une vision préchrétienne de la philanthropie qui nous ramène aux racines grecques de ce terme. Cette vision pose Prométhée comme la quintessence de l’altruisme, puisque ce titan a osé défier les dieux en leur volant le feu pour l’offrir aux mortels et les affranchir ainsi des ténèbres. Ici, le feu symbolise l’inspiration, la connaissance, les arts et un espoir d’évolution et de progrès.
Par la radicalité de son amour-propre, Mina Kruseman remit l’altruisme prométhéen au goût du jour en inspirant les autres et en leur montrant, sans attendre la permission des «dieux» de son époque, qu’il était possible de vivre autrement. «Cette fille a plus de courage que 99% des hommes néerlandais réunis», lut Multatuli dans une lettre du publiciste et libre penseur Sicco Roorda van Eysinga rédigée en réaction à une publication de Kruseman sur le climat artistique aux Pays-Bas (qu’elle jugeait arriéré).
Effrontée comme un moineau
En 1873, Mina Kruseman avait déjà plus de trente ans. Cela signifie que lorsqu’elle commença à faire sensation aux Pays-Bas et en Flandre aux côtés de Betsy Perk, elle avait la moitié de sa vie derrière elle. C’était une femme du monde, qui avait vécu dans les Indes néerlandaises (l’actuelle Indonésie), mais aussi à Bruxelles, à Paris et à New York.
Née à Velp, elle avait cinq ans quand son père, militaire haut placé, fut posté dans les Indes néerlandaises. Sa famille y resta dix ans avant de rentrer aux Pays-Bas pour s’installer dans un petit village proche de Breda. Après avoir passé une décennie au milieu des étendues sauvages des Moluques et de Java, ce retour aux sources lui donna l’impression de troquer la plus pure des libertés contre un carcan de moralité hypocrite et de fausse piété où tout ce qui s’écartait de la norme était pointé du doigt, disséqué et condamné. Pour reprendre l’image employée par Annet Mooij dans sa biographie intitulée Branie (2013), Mina Kruseman se considérait comme une enfant de la nature que la vie aux Pays-Bas écrasait entre la foi et la bienséance, comme un livre demi-relié qu’on presse entre deux planches jusqu’à en extraire tout l’air.
Caricature de 1873 présentant Mina Kruseman comme «une nouvelle Judith» décapitant la gente masculine comme l’avait fait l’héroïne biblique avec le général Holopherne, après s’être infiltrée dans le camp ennemi. En réponse, Kruseman intitula son recueil d’écrits De moderne Judith. © Wikimedia Commons
Lorsqu’elle était petite, ses maîtresses d’école la disaient «effrontée comme un moineau». À deux ans à peine, elle avait déjà écopé du surnom de «Reine Élisabeth». Elle apprit donc dès le plus jeune âge à voir les quolibets comme des titres célébrant sa liberté d’esprit. Lorsque parut une caricature qui la présentait comme «une nouvelle Judith» décapitant la gent masculine comme l’avait fait l’héroïne biblique avec le général Holopherne, après s’être infiltrée dans le camp ennemi, elle riposta en titrant son recueil d’écrits De moderne Judith (La Judith moderne).
Toujours en quête de moyens d’assurer sa subsistance, Mina Kruseman prit des cours de chant au conservatoire de Bruxelles, une ville où elle vécut une quinzaine d’années avec son père et ses sœurs après le décès de sa mère. Elle essaya de faire carrière en donnant des concerts aux Pays-Bas, mais, faute d’avoir leur propre vision de la qualité, les propriétaires de salles de spectacle refusèrent de la mettre à l’affiche tant qu’elle n’aurait pas acquis une réputation internationale. Elle se rendit alors à Paris pour y parfaire sa formation et acquérir de l’expérience. À l’été 1871, elle partit pour New York et tenta de s’y produire sous un nom d’artiste: Karcilla Réna. Elle changea ensuite de pseudonyme pour devenir Stella Oristorio di Frama, une exubérante prima donna à perruque blonde qui connut un certain succès dans le sud des États-Unis, où l’esclavage avait été aboli cinq ans plus tôt. Elle dut toutefois se rendre à l’évidence: il était impossible pour une obscure débutante de réellement percer. Après un an, elle renonça et rentra à Bruxelles.
Mina Kruseman apprit dès le plus jeune âge à voir les quolibets comme des titres célébrant sa liberté d’esprit
Par la suite, elle se mit à la recherche d’un éditeur néerlandais qui accepterait de publier Een huwelijk in Indië (Un mariage aux Indes, 1873), le premier roman en langue néerlandaise ayant pour thème central l’absence de droits de la femme mariée. Il s’agissait d’un roman psychologique en trois parties: ce qu’elle avait été, ce qu’elle était devenue, et ce qu’elle aurait pu être. Ce livre, écrit pendant l’aventure américaine de Kruseman, compare le mariage à l’esclavage. L’autrice qualifia elle-même son récit de «cri de tristesse inspiré de la vraie vie», prenant pour modèle le naturalisme réaliste de Multatuli, dont le célèbre Max Havelaar avait été publié en 1860. Après avoir défendu Multatuli dans un article sur le climat antiartistique des Pays-Bas, le décrivant comme le plus grand écrivain du pays et déplorant qu’il ait été contraint de s’exiler en Allemagne, elle reçut une lettre de remerciement de l’écrivain, et ils devinrent amis.
Syndicat unipersonnel
Si Mina Kruseman n’était pas du genre à rejoindre des associations, elle formait à elle seule une sorte de «syndicat unipersonnel» qui défendait les intérêts des auteurs et des artistes. Elle refusa par exemple de transférer les droits d’auteur de ses livres aux maisons d’édition, ne les leur cédant que pour un seul tirage, de sorte que les recettes d’un éventuel best-seller lui reviennent aussi et surtout à elle, au lieu de remplir les poches des seuls éditeurs. Elle joua également un rôle de mentore pour d’autres femmes et artistes, et, par la force de sa détermination, elle parvint même à faire jouer, aux Pays-Bas et à Anvers, une pièce de théâtre de Multatuli intitulée Vorstenschool (L’école des princes) que personne n’avait osé produire jusque-là. Elle campa elle-même le rôle de la reine Louise, une souveraine qui s’évertue à montrer à son superficiel époux comment prendre soin de son peuple. Portée par le jeu d’actrice naturaliste et sobre de Kruseman, la pièce fut encensée par la critique: un moment fort de la carrière de Multatuli, qui fut ovationné par le public néerlandais.
Mina Kruseman dans le rôle d’une reine pour la pièce de théâtre Vorstenschool, de Multatuli (1875). © Wikimedia Commons
Paradoxalement, ce fut aussi Multatuli, son ami et modèle (et, selon son biographe, Dik van der Meulen, «peut-être même le tout premier féministe néerlandais»), qui infligea à Kruseman son plus cuisant revers. Une «guerre de reines» avait en effet éclaté peu avant la représentation de Vorstenschool et, en fin de compte, Multatuli choisit de détrôner Kruseman juste avant la fin d’une tournée pourtant très réussie. Cette fois, Holopherne l’emporta sur Judith.
Kruseman était-elle trop arrogante? Multatuli était-il incapable de supporter qu’elle ait négocié un meilleur cachet pour elle que pour lui? Qu’une femme ait réussi là où il avait échoué? Que son jeu d’actrice novateur –qu’il renia– ait eu tant de succès? Peut-être l’avait-elle vexé en repoussant ses avances?
En publiant son autobiographie intitulée Mijn leven, Mina Kruseman lâcha une dernière bombe sur les Pays-Bas avant de rallier les Indes néerlandaises, où elle avait grandi. © Rijksmuseum, Amsterdam
Ce qui est sûr, c’est qu’après cela, Kruseman tourna définitivement le dos aux Pays-Bas et à leur étroitesse d’esprit. Elle repartit pour les Indes en 1877, mais pas avant d’avoir publié son autobiographie, Mijn leven (Ma vie) –une dernière bombe en guise de cadeau d’adieu. Entre justification et vengeance, elle y régla notamment ses comptes avec Multatuli (pour qui elle n’avait plus aucune considération) en divulguant des extraits de missives privées témoignant de l’adoration que lui avait vouée cet homme qui, depuis leur rupture, affirmait pourtant n’avoir jamais fait partie de ses «innombrables admirateurs».
Mijn leven relate également un voyage en Italie que Mina Kruseman s’était offert en 1874 grâce aux recettes de sa série de conférences. À Rome, elle avait trouvé ce qu’elle avait en vain cherché ailleurs: «une familiarité sans obséquiosité, une intimité innocente, simple, familiale, qui n’impose rien et n’exige rien». Elle avait aussi obtenu une audience auprès du pape Pie IX et avait discuté de son incroyance avec les membres de son clergé sans se départir de sa coquetterie et de sa frivolité. «Je suis athée», leur avait-elle simplement affirmé. «Cosmopolite et libre, j’appartiens à la grande religion universelle du beau et du bon, qui correspond si bien aux préceptes du Christ et, malheureusement, si mal à la majorité de ceux qui servent en son nom.»







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