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«On y parviendra» : les nouvelles cartes de la politique belge
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«On y parviendra» : les nouvelles cartes de la politique belge

Les électeurs ont sérieusement battu les cartes de la politique belge avant de les redistribuer lors des élections législatives fédérales et régionales du 26 mai. La formation des gouvernements s'annonce compliquée.

À l’heure des résultats, l’extrême-droite en Flandre (le Vlaams Belang: 18 sièges sur les 150 du parlement fédéral, soit un gain de 15 sièges) et l’extrême-gauche chez les francophones (Parti du travail de Belgique: 12 sièges, +10) ont pu sabrer le champagne de la victoire.

D’autres, comme les familles (flamandes et francophones confondues) libérales (26 sièges, -8), chrétiennes-démocrates (17 sièges, -10) ou socialistes (29 sièges, -7) pansent leurs plaies: eux qui naguère se partageaient la gestion du pays, deviennent des pions parmi d’autres sur l’échiquier politique.

Enfin, il y avait ceux qui perdent des plumes mais se maintiennent, tels que le parti nationaliste flamand NV-A (qui reste néanmoins le plus grand parti du pays, avec 25 sièges, -8), et ceux qui progressent mais sans avoir provoqué le raz-de-marée prédit par les sondages, tels que les écologistes du Nord et du Sud du Pays (21 sièges, +9).

Une vague brune ou un dimanche blanc ?

Tous les observateurs sont d’accord pour constater que les électeurs belges, selon qu’ils soient flamands, bruxellois ou wallons, citadins ou campagnards, ont fait des choix très éclatés, et pratiquement tous redoutent que la formation du futur gouvernement fédéral soit longue. Mais «on y parviendra», a relativisé le politologue de l’université de Gand Carl Devos, rappelant que les formations gouvernementales en Belgique n’ont jamais été simples.

Ce morcèlement a provoqué l’exaspération du patron de la NV-A, Bart De Wever, qui a vraisemblablement perdu une partie de ses électeurs au profit du Vlaams Belang. Au lendemain du scrutin, il a appelé à l’instauration du «confédéralisme» - même si personne ne sait exactement en quoi cette formule consisterait ni comment, pratiquement, elle simplifierait la donne politique belge.

Alors que la Flandre a voté majoritairement à droite, sur l’ensemble du territoire, c’est la famille (flamande et francophone) socialiste qui demeure la plus grande.

La mauvaise humeur de Bart De Wever est probablement exacerbée par le fait qu’avant les élections, l’ensemble des partis francophones, à l’exception des libéraux du Mouvement réformateur (MR), a exclu de constituer une majorité avec les nationalistes flamands. En conséquence, alors que la Flandre a voté majoritairement à droite, sur l’ensemble du territoire, c’est la famille (flamande et francophone) socialiste qui demeure la plus grande, en dépit de ses pertes. Or, vu les majorités mathématiquement envisageables, il est n’est pas impensable que la main revienne tôt ou tard à cette gauche que De Wever abhorre.

Le succès du Vlaams Belang était attendu mais il a dépassé les attentes. Sous l’impulsion de son jeune président Tom Van Grieken, ce parti a abandonné le registre strictement indépendantiste et hostile à l’immigration pour s’approprier également d’autres thèmes, tels que le pouvoir d’achat ou les pensions.

La recette a manifestement plu à nombre de déçus des partis traditionnels.

Alors qu’au vu des résultats du Vlaams Belang les francophones parlaient de «vague brune», les militants du parti fêtaient un «dimanche blanc». Cerise sur le gâteau, plusieurs personnalités politiques flamandes de premier plan ont remis en cause le «cordon sanitaire» dressé par les autres partis en excluant de facto le Vlaams Belang de tout niveau de pouvoir. Considérant la nouvelle importance politique de ce parti, même le roi a été contraint de recevoir son président dans le cadre des consultations qu’il mène ces jours-ci avant de désigner un «informateur» pour explorer les possibilités d’entente entre partis.

Le succès du Vlaams Belang était attendu mais il a dépassé toutes les attentes.

Si la formation fédérale s’annonce longue, les régions (La Flandre, la Wallonie et Bruxelles Région-Capitale) devraient disposer plus rapidement de majorités : l’entre-soi linguistique permet en effet de fédérer plus rapidement les majorités et de constituer un nouvel exécutif autour d’un programme convergent. Il s’agit également d’exercer une forme de pression sur le processus de formation fédéral car il est notoirement plus compliqué d’y gouverner avec des majorités divergentes au niveau régional.

En Flandre, l’actuelle majorité (nationalistes, chrétiens-démocrates et libéraux) pourrait être reconduite - même si Bart De Wever consulte le Vlaams Belang, personne ne s’attend à ce que ce parti soit appelé à partager l’exécutif.

De même, en Wallonie, personne ne s’attend à voir le Parti du travail monter au gouvernement. Par contre, le Parti Socialiste, exclu de l’équipe ministérielle à mi-mandat lors de la précédente législature à l’occasion d’un renversement de majorité, sera tenté de s’allier au parti Ecolo, en progression. Le CDH (chrétiens-démocrates) semble le partenaire le plus naturel pour ces deux partis.

Le PS aura également la main à Bruxelles où il est parvenu à se maintenir sur la première marche du podium, en dépit d’un net recul. Là aussi, Ecolo, qui le talonne, devrait être le partenaire privilégié pour former la future majorité, à laquelle Défi (fédéralistes francophones) pourrait également participer. Celle-ci sera élargie à des partenaires flamands.

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