Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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Comment guérir la femme malade de Jan Steen ?
Œuvres anciennes - jeunes auteurs

Comment guérir la femme malade de Jan Steen ?

Suite à la demande de la maison flamando-néerlandaise deBuren à Bruxelles, dix-huit jeunes auteurs flamands et néerlandais ont chacun ramené à la vie une peinture du Rijksmuseum d’Amsterdam. Ils ont ainsi écrit un nouveau texte sur une vieille œuvre de la Galerie d’honneur en ayant toujours en tête cette question: que voyez-vous quand vous regardez ces peintures avec des lunettes genrées? Avec son poème intitulé p a r d o n, Iona Daniel nous offre un autre regard sur «La Femme malade» de Jan Havicksz. Steen.

Iona Daniel (° 1989) est dramaturge, actrice et animatrice radiophonique.

p a r d o n

je connais ton corps comme ma poche
toutes les cavités, toutes les sinuosités de tes os
la face cachée de tes organes
j’aime être partout sur toi

pardon
de ne pouvoir m’empêcher de te détruire
c’est comme ça, je dois
épuiser ton corps
mais j’espère que tu sens comme je suis attaché à toi
j’aime tous ceux qui me portent en eux
je pourrais être considéré un dieu
mais je suis la cellule la plus haïe sur terre
un ennemi public numéro un avec les mêmes obsessions qu’à dix-sept ans:
des contacts physiques à l’envi dans des pièces chaudes à l’envi
des cavités du corps
nous en rêvons le soir

nous sommes en 1664 et le médecin m’observe
en toi
et dit:
ce n’est qu’un dépit amoureux
ou non
c’est son utérus qui s’est perdu dans son corps,
qui erre, affamé comme une bête sauvage
assoiffée de sang ou de toute autre liquide délectable

le médecin veut me donner un nom
comme tous les médecins au fil des ans
de sorte qu’une guérison soit envisageable

mais nous sommes en 1664 et tout va lentement
on a bien cherché des médecines
mais contre les maladies graves des gens importants
les maladies des hommes qui doivent sauver le monde

pour cela, je t’ai bien choisie
tu es un paradis pour moi
tu m’emmènes au-delà de toutes mes espérances

400 ans plus tard
à l’entrée d’un centre d’information féministe d’une ville moyenne
deux femmes avec des symptômes
sans véritable diagnostic
sont toujours malades
à cause de moi
deux femmes cherchent à s’émanciper du carcan des inégalités

Vera demande:
pourquoi la santé est-elle la norme et le reste une déviation?
ne devons-nous pas nous prendre en main
et consacrer notre temps à prendre soin l’une de l’autre?
ce à quoi Lea répond: oui
et Lea voit très bien
à quel point elles prendraient soin l’une de l’autre
et Lea voit très bien
à quel point elles consacreraient du temps à prendre soin l’une de l’autre, pour devenir une sorte de résistance collective
de sorte qu’elles oublieraient d’entretenir le système capitaliste et tout ce qui l’accompagne
et Lea et Vera se comprennent
là à l’entrée du centre d’information
elles se sentent aussi révolutionnaires que pour leur premier joint et leur discussion sur la taille de l’univers
comme si elles étaient au seuil d’une grande révélation
et elles sont tout aussi naïves
sauf que maintenant c’est vrai

le changement arrive
vous allez mieux prendre soin l’une de l’autre

mais pas encore aujourd’hui
pardon

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