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La lutte pour une couronne de fer. Il y a cinq cents ans, le sacre de Charles Quint
© Anne Gold
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Histoire

La lutte pour une couronne de fer. Il y a cinq cents ans, le sacre de Charles Quint

Le 23 octobre, il y a exactement 500 ans, Charles Quint fut sacré empereur du Saint-Empire romain. Et ce, au grand dam de son rival français François Ier. Ce fut le début d’une longue série de conflits entre les deux grandes puissances de cette époque. À Aix-la-Chapelle s’ouvre une exposition intitulée «L’empereur acheté. Le sacre de Charles Quint et un monde en transformation».

C’est un cortège impressionnant de personnages nobles qui pénètre le 22 octobre à Aix-la-Chapelle. Le cortège est si nombreux qu’il faut presque cinq heures avant que chacun n’ait franchi l’enceinte de la cité. Parmi eux, il n’y a pas seulement Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas, mais aussi toute une série d’évêques, de princes, de ducs et de comtes tels que le prince d’Orange, les comtes d’Egmont et de Hornes, et plusieurs seigneurs espagnols. Ils accompagnent tous Charles de Habsbourg qui doit se faire sacrer le lendemain, le 23 octobre 1520, par trois évêques dans le dôme d’Aix-la-Chapelle, empereur du Saint-Empire romain.

Ce Saint-Empire romain est un assemblage politique de territoires temporels et ecclésiastiques rattachés à l’empereur romain germanique. Le titre d’empereur n’est pas une question héréditaire, mais le résultat d’une élection par sept princes-électeurs. Il faut ensuite un couronnement par le pape pour que ce titre d’empereur soit pleinement reconnu. Le Saint‑Empire romain était appelé ‘romain’ parce qu’il était considéré comme le successeur de l’Empire romain et qualifié de ‘saint’ à cause de ses liens avec l’Église. Cet empire n’était d’ailleurs pas un modèle d’unité avec ses trop nombreuses divisions politiques, culturelles et même religieuses.

Maximilien d’Autriche, le grand-père de Charles, meurt le 12 janvier 1519, non sans avoir préparé depuis pas mal de temps son petit-fils à cette succession. Mais d’autres lorgnent aussi ce titre. Si le roi d’Angleterre, Henri VIII, renonce assez vite, le roi de France, par contre, François Ier, poursuit obstinément son objectif d’obtenir le titre d’empereur du Saint-Empire romain.

Ce titre d’empereur s’obtient alors en achetant sept princes-électeurs. Par conséquent, les deux protagonistes sont contraints de faire des dépenses énormes. Charles s’empare finalement de la couronne par une campagne de corruption très astucieuse pour laquelle il peut compter sur l’appui indéfectible de la famille la plus riche de l’époque, les Fugger d’Augsbourg. Ils prêtent des sommes colossales à Charles et obtiennent en échange le produit de plusieurs mines d’argent et, cela va de soi, un accès direct au pouvoir. Les Fugger ne manquent d’ailleurs pas de rappeler régulièrement à Charles que c’est grâce à eux qu’il a pu s’emparer de la couronne impériale.

Pourtant, l’argent n’est pas la seule explication du choix des princes-électeurs en faveur de Charles. Le pape Léon X appuie la candidature de son rival, François Ier, parce qu’il estime qu’avec la possession de terres à peu de distance du Vatican, Charles constitue une menace un peu trop proche. Mais parmi le peuple, il existe une forte résistance envers le roi de France. Ce dernier tente encore de conclure une alliance avec le roi d’Angleterre en l’invitant au Camp du Drap d’or près de Calais. Mais cette rencontre n’a que peu d’effet puisque, en quittant Calais, le roi Henri VIII d’Angleterre se rend en droite ligne chez Charles avec lequel il conclut un accord.

Au couronnement du 23 octobre succède une longue série de conflits entre les souverains français et habsbourgeois et ces guerres perdurent jusqu’après leur mort. En 1525, le roi de France subit une défaite près de Pavie, il se retrouve prisonnier et contraint de signer, en 1526, un Traité de Madrid humiliant. Aussi se hâte-t-il, dès qu’il retrouve ses pénates, de révoquer les accords conclus et de reprendre tout simplement les hostilités, qui ne s’arrêteront même pas à la mort des deux protagonistes.

Ce n’est que le 24 février 1530 que Charles reçoit la couronne impériale des mains du pape Clément VII à Bologne. Il est d’ailleurs le dernier empereur du Saint-Empire romain à se voir affublé de la couronne de fer traditionnelle. Une copie de cette couronne particulière fait partie, avec d’autres attributs comme le manteau du couronnement, de l’exposition «L’empereur acheté. Le sacre de Charles Quint et un monde en transformation». Par ailleurs, le musée Suermondt-Ludwig à Aix-la-Chapelle avait aussi prévu cette année une importante exposition sur l’œuvre d’Albrecht Dürer, qui entreprit il y a exactement 500 ans un grand voyage à travers les Pays-Bas. Cette exposition exceptionnelle est cependant reportée à l’année prochaine pour cause de pandémie Covid-19.

Notons encore que l’exposition «L’empereur acheté. Le sacre de Charles Quint et un monde en transformation» s’arrête aussi à la jeunesse et à l’éducation de Charles aux Pays-Bas et révèle, d’autre part, les premiers signes manifestes de décadence dans ce premier empire mondial. La vision du monde traditionnelle est lentement en train de faire naufrage…

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