La mue du LaM: un musée à vivre
Le musée, installé à Villeneuve-d’Ascq depuis 43 ans, s’est offert un lifting. Avec sa réouverture, le 20 février dernier, il souhaite accentuer sa dimension de lieu de vie et de rencontres, tout en continuant à porter sa voix singulière sur les arts brut, moderne et contemporain.
Depuis le 20 février, difficile de reconnaître le LaM –Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut. Enfin, son enveloppe extérieure est restée la même. Le bâtiment de Roland Simounet, réalisé en 1983 et inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, n’a pas changé pas d’aspect. Ni les volumes en éventails et sa façade travaillée en moucharabieh, une extension réalisée en 2010 par Manuelle Gautrand pour accueillir la collection d’art brut de l’association L’Aracine (3500 œuvres). Mais elle a été largement rénovée: les toitures et façades ont été reprises, des nouveaux vitrages ont été posés avec des filtres UV –pour la conservation des œuvres– plus performants, l’isolation a été retravaillée.
Si l'extérieur du bâtiment n'a pas changé d'aspect, il a été largement rénové. C'est surtout à l'intérieur du musée que se situe le changement.© Nicolas Montard
Pour le grand public, le changement se situe plutôt à l’intérieur du musée aux 11 000 mètres carrés. Le hall a été redessiné dans un esprit de place publique, d’agora, autour de laquelle se déploient de nouveaux espaces d’accueil, de billetterie, de repos, avec un mobilier dont le design a été réalisé par Clémence Seillès (studio Stromboli Design). Autre nouveauté et non des moindres, l’arrivée de Pigments, un établissement tenu par Florent Ladeyn, chef bien connu dans les Flandres française et belge (Auberge du Vert Mont à Boeschèpe, Bloempot et Krevette à Lille, ainsi que Klok à Bruxelles). Au rez-de-chaussée, il propose un espace café-estaminet avec une restauration plutôt rapide; à l’étage, un restaurant à tendance bistronomique, avec vue panoramique sur le jardin des sculptures. L’établissement sera également accessible aux horaires de fermeture du musée.
Devenir un lieu de vie
Ces réaménagements témoignent bien de l’ambition du LaM, 43 ans au compteur: proposer une nouvelle expérience de visite, être plus qu’un simple musée et devenir un véritable lieu de vie «où l’on circule, où l’on peut aussi venir déjeuner, boire un verre, consulter un livre à la bibliothèque du musée [40 000 documents et livres]», assurent Solène Devambez, responsable communication institutionnelle et relations médias, et Sixtine Plantain, responsable de la communication et du développement. Dans ce même esprit, le patio extérieur, présent à l’origine mais jamais vraiment utilisé, sera prochainement aménagé en collaboration avec le lycée agricole de Lomme, dans le but d’y déployer des pratiques artistiques.
Parmi les nouveautés, l’ouverture d’un restaurant, Pigments, tenu par Florent Ladeyn, chef flamand désormais bien connu. Au rez-de-chaussée, il propose un espace café-estaminet avec une restauration plutôt rapide.© Nicolas Montard
Si l’hospitalité devient centrale au LaM, ses collections –la deuxième plus grande autour de Modigliani en France et la première d’art brut de l’Hexagone– en restent toujours le point fort. Pour les quarante ans du musée, en 2023, la volonté de ne plus séparer art moderne, art contemporain et art brut, avait déjà été impulsée. Un dialogue constant confirmé dans le nouveau parcours qui évoluera tous les vingt-quatre mois. Pour cette réouverture, c’est le thème de l’obsession qui a été retenu. Obsession d’un artiste pour un motif, pour une thématique… le parcours de 350 œuvres (sur les 9000 que possède le musée) «explore la permanence, la répétition et l’intensité créatrice à l’œuvre. L’obsession y apparait comme force motrice, élan de résistance, ou geste de transgression».
Les dix-huit mois de fermeture du LaM lui auront servi à s’ouvrir sur le monde
Des espaces monographiques ponctuent ce parcours autour de quelques grands noms du musée: Modigliani, Léger, Buffet… On y retrouvera aussi les «Trois cabanes éclatées en une» de Daniel Buren, œuvre qui avait disparu du musée ces dernières années. Et de nouvelles acquisitions comme celle de Miriam Cahn. «Das Wilde Lieben» est une installation iconique conçue pour le pavillon suisse de la Biennale de Venise en 1984. Les visiteurs sont entourés de frises de personnages féminins de taille humaine sur plus de trente-deux mètres de papiers. Des créations d’Amedeo Modigliani, Elise Muller, Guillaume Pujolle ou encore Jérémy Shaw intègrent aussi les collections, le musée pouvant compter sur des dépôts longue durée du Centre national des arts plastiques (CNAP).
Aux côtés des grands noms du musée que sont Modigliani, Léger, Buffet, on trouve de nouvelles acquisitions comme l'installation «Das Wilde Lieben» de Miriam Cahn.© Nicolas Montard
Jusqu’au 14 juin, les visiteurs peuvent également profiter d’une grande exposition sur Kandinsky. Réalisée en co-production avec le Centre Pompidou, d’où sont issues la majeure partie des œuvres, celle-ci interroge l’influence des images (photographies, coupures de journaux, etc.) dans son œuvre pourtant abstraite. «Un sujet jamais traité», affirme-t-on au musée.
L’événementiel fait sa mue
Le 20 février a donc été un grand moment pour le LAM après dix-huit mois de fermeture qui lui auront servi à s’ouvrir sur le monde. 470 000 personnes ont été touchées par une programmation hors les murs qui a mené les équipes du musée jusqu’en Chine et au Danemark… De quoi nourrir une réflexion aussi, celle de s’affirmer encore davantage comme une destination à part entière, en prenant en compte les nouvelles attentes des visiteurs.
Jusqu’au 14 juin, les visiteurs peuvent profiter d’une grande exposition sur Kandinsky réalisée en co-production avec le Centre Pompidou.© Nicolas Montard
Des visites flash (concentrées sur une poignée d’œuvres) sont désormais de la partie, comme des nocturnes artistiques et festives destinées aux étudiants (le musée devient gratuit pour les moins de 26 ans) et des vendredis après-midi ciblés pour les plus de 65 ans. Ces derniers auront accès gratuitement au musée ces après-midi là, les Silver Friday étant rythmés par des cours d’histoire de l’art, conférences, lectures, concerts intimistes ou des ateliers de pratique artistique. Pendant les vacances scolaires, l’intergénérationnel sera de la partie, avec les petits-enfants.
Ces initiatives visent à renforcer les liens avec le public de proximité. Dont fait partie la Belgique. Les Belges représentent 11% de la fréquentation, bon an mal an (156 000 visiteurs en 2023 en tout). Campagnes d’affichages, partenariats médias, diffusion de documents touristiques sont depuis longtemps des moyens de toucher ce public, qui peut bénéficier de visites en néerlandais. «Dans le projet culturel, eu égard à la position géographique du musée, il y a une envie de développer encore plus de synergies avec les institutions culturelles du territoire», Belgique comprise. Un côté transfrontalier qui sera peut-être encore davantage boosté par la nouvelle dimension de la C’Art. Depuis mai dernier, ce passeport culturel qui propose des réductions dans les musées de la Métropole européenne de Lille s’est ouvert aux établissements de l’autre côté de la frontière.






Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.