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Le Covid-19 se moque des frontières !
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Le Covid-19 se moque des frontières !

L’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai souhaite faire coopérer les forces vives des deux côtés de la frontière franco-belge. Mais comment faire quand les frontières sont hermétiquement closes ? Et quelles formes pourra prendre à l’avenir cette coopération transfrontalière ? Nous l’avons demandé au directeur Loïc Delhuvenne. Il plaide en faveur de plus de concertation, plus de solidarité et un plan Marshall européen. Des domaines dans lesquels l’Eurométropole peut indiscutablement jouer un rôle.

Deux valeurs contradictoires

Cette crise pourrait devenir une occasion de nous rassembler. Aujourd'hui, je constate une manque de concertation, de dialogue,... . C'est pourquoi je propose un Marshall plan, plus de concertation, un nouveau contrat avec le citoyen. Parce que nous sommes confrontés à deux valeurs contradictoires. C'est ce que nous vivons chaque jour dans notre travail dans l'Eurométropole.

La prise de conscience d’un destin partagé par toute l’humanité et, simultanément, un monde hérissé de nouvelles barrières : universalisme et protectionnisme. En même temps que la maladie, le Covid-19 propage deux valeurs contradictoires. L’une traduit une réalité que nous avons longtemps refusé de regarder en face : aucun pays, aucun point du globe n’est épargné par un virus qu’une simple conversation peut suffire à transmettre. L’autre procède d’un réflexe en apparence logique : entraver la circulation des humains pour empêcher la propagation de la pandémie.

Retour en arrière, début mars 2020!

Les annulations de réunions s’abattent. Nos partenaires français ne se déplaceront pas à Courtrai dans le cadre d’une rencontre transfrontalière. Face à cela, deux informations nous arrivent, certaines conseillent de tout annuler, d’autres obligent à tout annuler. Des incohérences émanant de territoires voisins alors que la frontière est invisible.

Conscient des facteurs de risques et sanitaires, faisant face à des mesures contradictoires et non-concertées, nous vivions, alors, l’incohérence en tant qu’organisation transfrontalière. Vive la lasagne belge, bonjour la lasagne européenne! La coordination européenne avait montré ses limites et se trouvait face à ses propres démons. En tant qu’Européen convaincu, je me devais de le constater, l’Union européenne avait peiné, au début de cette crise, à gérer cette situation, et en tant que gestionnaires d’une organisation transfrontalière, mes équipes et moi-même, étions confrontés à un imbroglio ; qui nous donne les consignes, d’où devions-nous les prendre, qui est notre hiérarchie ?

Puis la décision ultime, un confinement généralisé de part et d’autre de la frontière avec interdiction de se déplacer sauf pour des raisons valables. Les premiers lésés de ce type de mesures étaient bien évidemment les citoyens, les frontaliers.

Les incertitudes dans l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai étaient les suivantes :

- vivant sur la frontière du côté belge, est-ce qu'il est autorisé d’aller chercher de la nourriture et des soins de santé de l'autre côté de la frontière en France ? Théoriquement, le magasin d’alimentation le plus proche se situe en France. L’alimentation (de première nécessité) est-elle un motif valable pour passer la frontière ?

- le cas de quelqu'un qui doit prendre sa voiture tous les matins pour aller travailler (de France à France), dans le cadre d'un métier essentiel et qui ne permet pas le télétravail (santé). Il habite une commune française limitrophe et travaille en France. Sa route la plus directe pour son travail le fait passer tous les matins par la Belgique. Peut-il dans ce cadre continuer d'y passer (en montrant son justificatif) ou doit-il prendre une nouvelle route qui lui fera perdre du temps ?

- le cas d'une personne qui devait aller apporter à manger à sa maman âgée, mais qui habite de l'autre côté de la frontière. Est-elle autorisée à franchir la frontière ?

Le COVID-19 a révélé le manque de communication et de concertation des États de l’Union européenne et singulièrement entre la France et la Belgique. Comment expliquer à la population que les procédures françaises ne sont pas les procédures italiennes, ni même belges. Comment expliquer à notre peuple que face à une propagation d’un virus, qui ne connaît pas le mot frontière, la gestion de la santé publique est si différente d’une zone européenne à une autre, voire même à l’échelle mondiale.

Vers un Plan Marshall européen, une urgence citoyenne et solidaire !

L’Italie et l’Espagne ont été les premiers membres durement touchés. Beaucoup de gouvernements les ont observés avant de comprendre la gravité de la crise qui ne connaissait alors plus de frontières. Les observateurs l’ont constaté, l’exécutif européen a pris tardivement le taureau par les cornes, décision dont chacun de nous espérait une prise en charge plus forte, plus marquée, plus déterminée. L’erreur, me semble-t-il, a été que chaque pays a affronté seul la crise sanitaire, sociale, médicale et économique. La presse italienne n’a d’ailleurs pas été tendre avec l’exécutif européen.

Face à cela, il est plus que temps de prendre conscience de la situation. Si le chemin que nous privilégions est la division, cela nous imposera la gestion de futures catastrophes, et une deuxième vague de l’épidémie que des observateurs présagent. L’Union européenne ne doit pas être timide. Elle doit investir son énergie à ressouder les valeurs européennes et à venir en appui efficace et incontournable de chacun des États qui la composent.

Face à l’épidémie, la crise économique frappe la totalité des États de l’Union européenne. Les entreprises sont contraintes de réduire leurs activités, le chômage économique touche une bonne partie de la population, le spectre de l’augmentation des faillites devient réel. Pas un secteur n’est épargné. Les pays devront se relever, les citoyens devront retrouver l’argent suffisant pour subvenir à leurs besoins. Et les regards se tournent logiquement vers l’Europe.

Une vision solidaire, sociale et durable

Comment fera-t-elle pour aider son propre peuple si ce n’est par le lancement d’un Plan Marshall européen citoyen et vert ? Un programme de redressement économique et financier, tenant compte des besoins des Européennes et des Européens. Une vision solidaire, sociale et durable. Une vision qui va dans le sens des ambitions écologiques et climatiques présentées en décembre dernier par la Commission européenne, parce qu’il n’est pas question de mettre à mal cet actuel Green Deal. L’Union européenne est dans le devoir de remplir chacun de ses engagements climatiques et économiques en donnant l’occasion à chaque État Membre de redresser la barre.

Nous ne connaissons pas encore la nature de la prochaine crise mais nous voyons déjà qu’à la crise sanitaire, succédera une crise sociale et économique. Faudra-t-il les attendre pour encore se poser ces questions existentielles ? On aimerait tant que les choses reviennent rapidement à la normale. Mais ce ne sera pas le cas pour un certain nombre de choses.

Les hommes et les femmes ont besoin d’être protégés, guidés, soutenus, épaulés, entendus, encouragés. Nous devons tendre vers une société humaine, une société des gens et pas une société des élites creusant davantage les inégalités. Nous avons le profond sentiment que nous passons un cap, que nous vivons les prémices d’un nouveau paramètre social. Ce dernier est de toute nature: écologique, environnementale, humaine, collaborative. Une métamorphose est en cours, notre nombrilisme nous empêche de l’accepter mais elle est là. En être conscient c’est accepter de la subir pour tendre vers une nouvelle société où le collectif et la co-responsabilité sont au cœur de notre nouveau mode de vie.

Une mutation est en cours et l’accompagner est vital pour saisir les nouveaux enjeux de notre avenir, celui de notre humanité, celui que nous laisserons à nos successeurs. Réussirons-nous le passage de la chenille au papillon ? Quelle sorte de papillon deviendrons-nous ? Un papillon de jour ? Un papillon de nuit ? Aucune idée! Mais ne pourrait-on pas devenir la meilleure version de nous-mêmes ? Ce que nous n’avons pu être ces dernières années, nous pourrions le devenir pour les prochaines années.

L’Eurométropole jouera un rôle important dans la mise en place d’espaces de dialogue entre citoyens et élus

Comment l’Europe peut-elle nous aider à y arriver ? En concentrant l’agenda politique sur les questions de santé, de mobilité, de respect de l’être, de défense de l’environnement. C’est oser un Plan Marshall européen conséquent pour aider les pays à redresser la barre. C’est oser sortir d’une zone de confort financière et idéologique trop entretenue avec force et vigueur par certains.

Pas question de revenir en arrière, nous sommes au pied du mur et devons aller plus loin. Nous sommes les cobayes de prises de décisions à la petite semaine, et force est de constater qu’elles nous mènent à notre perte. Cette vision doit être portée à long terme et doit envisager la coopération durable entre les hommes et les femmes de ce monde.

Apprenons de la crise, osons la regarder, ouvrons le dialogue et une fois pour toutes, supprimons les frontières terrestres et celles que nous nous sommes érigées dans nos têtes. Plus que jamais soyons créatifs ! La métamorphose est inconfortable et incontournable, je vous l’accorde. Les effets du battement d’ailes de ce papillon en devenir doivent participer à la reconquête de sens pour notre société. Collectivement, dirigeants, décideurs, associations, citoyens devons relever le défi qui se pose désormais à nous : quel rapport au collectif entretiendrons-nous prochainement ? À cet exercice, l’Eurométropole jouera dans les semaines à venir un rôle important dans la mise en place d’espaces de dialogue entre citoyens et élus.

Le niveau local est essentiel pour faire briller les étoiles du drapeau européen !

La démocratie européenne doit être renforcée par l’ouverture au dialogue. Entre citoyens européens, nous ne nous connaissons que peu. Entre voisins transfrontaliers, les échanges d’idées, de projets, de collaboration sont encore trop insuffisants. Pourtant, 1 personne sur 3 vit dans une zone transfrontalière. Cela représente 170 millions d’européens ! Quelle aubaine pour favoriser une dynamique de changement, de concertation et d'entreprise en association afin d’atteindre les priorités européennes ! Osons les consultations et les assemblées citoyennes, engageons nos idées, fédérons les réflexions et les propositions d’actions communes. C’est ce à quoi l’Eurométropole œuvre quotidiennement notamment au travers de la création d’un espace citoyen européen. Et que cette crise devienne une occasion de nous rassembler !

Bref, engageons-nous pour porter haut et fort notre Eurométropole!

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