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L’anglais, c’est cool… mais les étudiants des Plats Pays préfèrent l’enseignement dans leur langue maternelle

Par Nicoline van der Sijs, traduit par Alice Mevis
27 février 2026 6 min. temps de lecture

Quelles sont les langues parlées et maitrisées par les étudiants et professeurs de l’enseignement supérieur? Et quelles attitudes entretiennent-ils vis-à-vis de l’anglais en tant que langue d’enseignement? Il ressort du rapport de recherche Talen in de Lage Landen (Langues dans les Plats Pays, 2025) que les étudiants, tant aux Pays-Bas qu’en Belgique, considèrent l’anglais comme une langue cool et agréable à apprendre. Peu d’entre eux, en revanche, se laissent séduire par un enseignement exclusivement dispensé en anglais.

Au cours des XXᵉ et XXIᵉ siècles, des vagues d’immigration ont apporté toutes sortes de nouvelles langues aux Pays-Bas et en Belgique, et le statut des langues employées à l’école a progressivement évolué: l’anglais est ainsi devenu de plus en plus important à tous les niveaux de l’enseignement, au détriment des autres langues secondes, comme le français, le néerlandais et l’allemand.

Au début du XXIᵉ siècle, l’anglais a encore gagné en importance dans l’enseignement supérieur lorsque les Pays-Bas et la Belgique ont basculé vers le système bachelier-master. Ce changement a entrainé un afflux d’étudiants internationaux ainsi qu’une augmentation significative des formations dispensées en anglais –surtout au niveau du master, et davantage aux Pays-Bas qu’en Belgique. En Belgique, il existe en effet des quotas limitant le nombre de formations en anglais, et les bacheliers dispensés en anglais ne sont autorisés que s’il existe une formation équivalente en néerlandais (en Flandre) ou en français (en Wallonie).

Dans les deux pays, la place de l’anglais dans l’enseignement supérieur fait actuellement l’objet de vives critiques. Cette contestation est particulièrement marquée aux Pays-Bas, où le ministre de l’Éducation, de la Culture et des Sciences de l’époque, Robbert Dijkgraaf, a élaboré en 2023 la proposition de loi «Internationalisering in Balans» (Internationalisation en équilibre), visant à enrayer l’anglicisation croissante de l’enseignement supérieur. Ce projet de loi a ensuite été repris par le gouvernement suivant, de droite, qui y voyait un moyen (supplémentaire) de limiter l’immigration et de procéder à des coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur.

Les principaux concernés

Mais à quelle langue d’enseignement les premiers concernés, à savoir les étudiants, accordent-il la préférence? Pour répondre à cette question, un vaste groupe de chercheurs issus d’universités et de hautes écoles néerlandaises et belges a élaboré un questionnaire et l’a diffusé auprès d’étudiants et d’enseignants de l’enseignement supérieur aux Pays-Bas et en Belgique. L’objectif principal était de découvrir s’il existait des différences en matière de compétences et d’attitudes linguistiques entre les Pays-Bas et la Flandre d’une part, et entre la Flandre et la Wallonie d’autre part. Une telle comparaison est inédite à ce jour. Le questionnaire, rédigé en néerlandais et en français, a été rempli par 1 416 étudiants (âge moyen: 24 ans) et par 457 enseignants (âge moyen: 52 ans).

Les résultats de l’enquête montrent, en premier lieu, que la majorité des personnes interrogées utilisent, en fonction de leur lieu de résidence, le néerlandais ou le français à la maison comme à l’école. En outre, il apparaît que la grande majorité des répondants —qu’il s’agisse des étudiants ou des enseignants, et tant dans les régions néerlandophones que francophones— maîtrisent l’anglais à l’oral comme à l’écrit (voir figure 1).

Un premier résultat frappant réside dans le grand écart observé, dans les questionnaires francophones, entre l’anglais d’une part et les autres langues de l’autre. Le néerlandais occupe certes la deuxième place, mais son niveau de maîtrise se révèle nettement inférieur à celui de l’anglais, et sensiblement plus faible chez les étudiants (environ 60%) que chez les enseignants (plus de 70%). Une seconde observation tout aussi notable est le fait qu’en Wallonie, la connaissance de l’allemand est beaucoup plus limitée qu’aux Pays-Bas et en Flandre, tant chez les enseignants que (plus encore) chez les étudiants. La figure 1 montre ainsi que, dans la Belgique officiellement trilingue, la connaissance de l’allemand et du néerlandais en Wallonie est bien moindre que celle de l’allemand et du français en Flandre, ce qui constitue une conclusion surprenante.

Tous les groupes s’accordent cependant sur un point: l’anglais est la langue la plus agréable à apprendre; elle jouit d’un prestige élevé et est perçue comme une langue cool.

Langues dans l’enseignement supérieur

La grande majorité des étudiants interrogés (89% des répondants du questionnaire néerlandophone et 77% de ceux du questionnaire francophone) déclarent suivre leur cursus de l’enseignement supérieur dans leur langue maternelle. Parallèlement, environ la moitié d’entre eux indique également avoir recours à l’anglais dans leur formation. Lorsque l’enseignement est dispensé dans la langue maternelle, les participants se disent très satisfaits de sa qualité. À l’inverse, ils se montrent plutôt critiques à l’égard de la qualité de l’anglais utilisé comme moyen d’instruction.

En fin de compte, quelle langue d’enseignement les étudiants préfèrent-ils réellement? La figure 2 permet d’apporter un éclairage nouveau sur cette question. Les données issues de la version néerlandaise du questionnaire y sont divisées entre les réponses provenant des Pays-Bas et celles de la Flandre.

La figure 2 montre que pas moins de 46 % des participants, tant en Flandre qu’en Wallonie, se déclarent en faveur d’une répartition équilibrée entre la langue officielle du pays (ou de la région) et l’anglais. Aux Pays-Bas, ce pourcentage n’est que de 24%: 46% des étudiants y optent pour des cours dispensés uniquement ou autant que possible dans la langue nationale. Parmi l’ensemble des étudiants, seule une minorité privilégie un enseignement exclusivement ou majoritairement en anglais, même si l’on observe ici aussi des variations régionales: en Flandre, seuls 5% ont voté pour l’une de ces deux options, contre 15% en Wallonie et 19% aux Pays-Bas.

En bref, les étudiants des Plats Pays ne sont pas de fervents défenseurs de l’English only. Au contraire, la plupart se montrent attachés à un enseignement dans la langue nationale. Ces réponses sont sans doute en partie influencées par les perspectives professionnelles : la majorité des étudiants s’attendent en effet à trouver un emploi dans leur pays d’origine. On constate cependant une différence notable selon la région : seuls 58 % des étudiants wallons prévoient de trouver du travail dans leur propre région, tandis que ce pourcentage s’élève à 77 % chez les étudiants flamands et néerlandais.

En Flandre, seuls 5% des répondants étudiants se sont dits en faveur d’un enseignement exclusivement ou majoritairement en anglais, contre 15% en Wallonie et 19% aux Pays-Bas

À la question de savoir si les étudiants estiment que les étudiants internationaux devraient apprendre à parler –du moins dans une certaine mesure– la langue officielle du pays (ou de la région) dans lequel ils viennent étudier, la majorité répond positivement. On observe néanmoins une différence significative entre la Flandre et la Wallonie. En Flandre, seuls 62% des étudiants estiment que les étudiants internationaux devraient avoir une connaissance de la langue nationale, contre 81% en Wallonie (et 78% aux Pays-Bas). Cette différence s’explique probablement par le fait que les Flamands sont habitués à évoluer dans un environnement multilingue: ils naviguent de ce fait facilement d’une langue à l’autre et éprouvent même un certain plaisir à s’exprimer dans une langue étrangère.

L’équilibre

Lorsqu’on donne la parole aux étudiants, il apparait que la langue nationale (le néerlandais ou le français) demeure un moyen d’instruction important –voire le plus important – dans l’enseignement supérieur. L’anglais y joue aussi un rôle, mais certainement pas le rôle principal et encore moins un rôle exclusif – et cela, malgré un niveau de maitrise élevé de l’anglais chez les étudiants et des attitudes globalement positives à l’égard de cette langue.

Celles et ceux désireux d’en savoir plus sur les autres résultats de cette recherche peuvent consulter le rapport complet ici: Nicoline van der Sijs, Reitze Jonkman, Kathy Rys, Wilbert Heeringa, Onderzoeksrapport Talen in de Lage Landen: Taalhouding, taalkennis en taalgebruik van studenten en docenten in het Nederlandse en Belgische hoger onderwijs (Rapport de recherche Langues dans les Plats Pays: attitudes, compétences linguistiques et usage des langues chez les étudiants et les enseignants de l’enseignement supérieur aux Pays-Bas et en Belgique), Leiden/Leeuwarden, 2025.

Nicoline van der Sijs

Nicoline van der Sijs

linguiste attachée à l'Instituut voor de Nederlandse taal de Leyde

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