Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

Ellis Meeusen: À tous ceux qui liront ou entendront ceci, Salutations?
© Nationaal Archief, Den Haag
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Jeunes voix sur l'esclavage
Littérature
Histoire

Ellis Meeusen: À tous ceux qui liront ou entendront ceci, Salutations?

18 jeunes écrivains de Flandre et des Pays-Bas donnent la parole à un objet de l’exposition Slavernij (Esclavage) du Rijksmuseum à Amsterdam. Ellis Meeusen s’est inspirée de la loi de 1863 rédigée par le roi Guillaume III, qui a officiellement aboli l’esclavage par les Pays-Bas au Suriname.

À tous ceux qui liront ou entendront ceci, Salutations?

Il aurait pu s’agir d’amour. Sur ce papier, avec cette encre, dans une autre écriture, juste quelques mots d’amour. Une déclaration griffonnée à la hâte, par exemple. Remise avec discrétion, d’une main fermée à une autre. Dépliée et lue à la lueur d’une bougie. Par exemple. Appelant peut-être une réponse. Sur un autre papier, avec une autre encre, dans une autre écriture.

Ou bien il aurait pu y figurer la signature de James L. Plimpton. Qui, le 4 janvier 1863, dépose un brevet sur les patins à roulettes. Ou celle d’Alanson Crane. Qui, le 10 février 1863, fait breveter le tout premier extincteur.

Ou encore les signatures de seize représentants du même nombre d’États qui, le 17 février 1863, décident de créer la Croix-Rouge.

Ou la signature de Gerard Adriaan Heineken au bas d’un contrat par lequel il rachète le 15 décembre 1863 la brasserie De Hooiberg à Amsterdam. Établi en deux exemplaires, dont le sien deviendra vite poisseux et illisible pour cause de bière renversée. Ce qui s’avérera sans importance, car il ne s’agit que de la confirmation officielle de ce que tout le monde sait aujourd’hui.

Ou ç’aurait pu être l’acte de naissance de Louis Couperus, daté du 10 juin 1863.

Ou une page du manuscrit original de Cinq semaines en ballon de Jules Verne.

Ou une première esquisse du Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet, effectuée au crayon, à traits légers.

Ou l’acte de décès, daté du 2 décembre 1863, de Jane Pierce, 14e Première dame des États-Unis d’Amérique, qui après sa disparition sera enterrée auprès de ses trois fils morts jeunes.

Et à ce stade, vous pourriez vous demander pourquoi Jane Pierce est la seule femme de cette liste, entourée d’hommes uniquement. D’hommes blancs uniquement. Et vous pourriez vous dire que ce n’est pas dû aux femmes, ou aux personnes de couleur, mais à la mémoire imposée par l’histoire couchée sur papier.

Et peut-être vous demandez-vous qui l’écrit, cette histoire. Et si elle est exacte. Et qui en détermine la valeur. Et quel est, dans cette histoire, l’intérêt d’une loi écrite qui promet la liberté, si elle ne se traduit pas dans les faits avant encore au moins dix ans. Une loi qui promet la liberté, et interdit dans le même temps de chanter certains chants. Qui impose à qui rendre grâce. Qui n’a pas été écrite par celles et ceux qu’elle concerne. Qui n’a pas été lue par celles et ceux qu’elle concerne. Qui fait partie d’une histoire qui ne figurera pas dans les livres d’école.

Et peut-être vous demandez-vous s’il n’aurait pas mieux valu qu’il y figure le brouillon d’un chant. Un chant d’espoir et de résolution, un chant écrit par celles et ceux qui le chanteront, un chant qui proclame la liberté avant qu’elle ne soit octroyée. Pour être ensuite oublié quelque part, dans une poche de pantalon, sous une taie d’oreiller. Car les brouillons ne servent plus à rien, une fois que la liberté s’est nichée dans nos têtes.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un projet de résidence de la maison néerlando-flamande deBuren en collaboration avec la fondation Biermans-Lapôtre.
Série

Jeunes voix sur l'esclavage

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