Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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«Il vient»: le roi à Rekkem
© Ons Erfdeel vzw
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Septentrion quinquagénaire
Société

«Il vient»: le roi à Rekkem

Octobre 1993 mérite une mention spéciale dans l’histoire de Septentrion. Le lieu où était (et est toujours) réalisée la revue a reçu une visite royale.

L’heure est au tricolore (noir-jaune-rouge) en Belgique. La veille du jour où j’ai rédigé cet article, je faisais en voiture l'aller-retour entre Gand et la côte. Sur ma route, j’ai vu des dizaines, non, des centaines de fanions et drapeaux aux trois couleurs belges flottant fièrement au vent. Fini le corona, l’Euro de football bat encore son plein et, au moment où paraissent ces lignes, les Diables rouges sont sans doute encore dans la course. C’est maintenant ou jamais, disent beaucoup de Belges. Imaginez un peu, le 11 juillet, la Belgique remportant la finale, de préférence contre la France.

Les Français ne partageront pas cet avis (et ils sont bien les seuls), mais la Belgique, durant la dernière décennie, est devenue en quelque sorte la nation du football par excellence, ou tout au moins le pays qui possède la meilleure équipe nationale au monde. Cela explique la ferveur peu commune qui anime tout un pays et dont témoignent largement les rues pavoisées.

Souvent, en période de championnat d’Europe ou du monde, je me souviens d’un jour où, il y a plus d’un quart de siècle, les drapeaux tricolores autour de moi étaient plus nombreux encore. C’était le 14 octobre 1993. Ons Erfdeel vzw, l'institution culturelle éditrice de Septentrion, recevait une visite de haut rang.

Les préparatifs

«Tu viens?» Le ton du rédacteur en chef Jozef Deleu sur la ligne téléphonique intérieure était passablement impératif. Il avait quelque chose d’important à communiquer. Quand je suis entré dans son bureau, les collègues étaient déjà réunis autour de la petite table. «Enfin», dit Deleu. «Maintenant je peux vous le dire. Il vient.» Les collègues échangent un regard interrogateur. J’en vois un qui a l’air de penser, plein d’espoir, que le nouveau messie est arrivé. Mais Deleu lève le voile: «Le roi, il vient en visite, dans quelques semaines. Et la reine l’accompagne.»

Par leur visite, Albert II et la reine Paola voulaient honorer une promesse faite par le roi Baudouin peu avant sa mort. À Rekkem, petit village à la frontière belgo-française, l’hommage est certes apprécié à sa juste valeur, mais ne manque pas de provoquer une agitation considérable. Une visite royale, ce n’est pas rien, et, en cet automne 1993, l’immeuble qui abrite (comme aujourd’hui encore) la rédaction et l’administration est un chantier. De nouveaux bureaux sont en voie d’aménagement, doublant grosso modo la superficie du bâtiment. S’engage alors une véritable course contre la montre pour que tout soit prêt à temps. Je vous épargne les détails, mais on a réussi. Il se peut que le roi et la reine aient senti l’odeur caractéristique des murs fraîchement peints, mais cela n’a pas semblé les incommoder outre mesure.

Pour moi personnellement, cela n’a pas non plus été de tout repos. Chargé de présenter Septentrion pendant la visite des souverains, j’ai voulu introduire mon petit laïus par une citation de Paul Valéry, «Enrichissons-nous de nos mutuelles différences». Pas si simple à articuler, cet «enrichissons-nous» pour un néerlandophone, surtout tenaillé par le stress. Plus d’une fois, durant les nuits précédant la visite royale, je me suis éveillé, angoissé. «Enri, enrichiss, enrichissons-nous», je commençais à maudire Valéry.

Petits drapeaux sous la pluie

Les dieux de la météo ne sont pas royalistes. Ce quatorzième jour d’octobre 1993, les éléments se sont réellement déchaînés. Il a plu à seaux, à peu près toute la journée. Cela n’a pourtant pas empêché les nombreux sympathisants et pour ainsi dire tous les écoliers des environs et au-delà de se poster, des heures avant l’arrivée prévue du couple royal et de sa suite, sur le chemin menant à Ons Erfdeel vzw et sur le parking attenant. Et toute cette foule brandissait avec enthousiasme, sous une pluie battante, ses petits drapeaux tricolores.

Le cortège royal s’est longtemps fait attendre. La visite d’entreprise effectuée avant celle de Ons Erfdeel vzw s’était quelque peu prolongée. Enfin, cependant, quelques somptueuses limousines ont point à l’horizon. Les éléments, impitoyables, ne se sont nullement apaisés, mais tant les écoliers que tous les autres sympathisants sont restés fidèles au poste, agitant leurs drapeaux, applaudissant les royaux visiteurs.

La visite nous a laissé un excellent souvenir. Le rédacteur en chef a présenté dans les grandes lignes notre institution culturelle, mes collègues et moi avons fait chacun notre courte présentation. C’est avec plaisir (et aussi avec une certaine fierté) que j’ai pu réaffirmer devant leurs Majestés le rôle de Septentrion comme «main tendue de la néerlandophonie à la francophonie». Et Paul Valéry dans tout cela? Mon cœur battait la chamade, mais j’ai enfilé les six mots sans trébucher.

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