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littérature

Les écrivaines du début de l’époque moderne faisaient aussi preuve d’humour et d’ambition

Par Fleur Speet, traduit par Noëlle Michel
26 octobre 2026 14 min. temps de lecture Ces écrivaines que l’histoire littéraire a effacées

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les femmes de la République des Provinces-Unies avaient un accès limité à l’éducation. Cela ne les a pas empêchées d’écrire et de se montrer audacieuses en jouant avec les codes des genres littéraires.

Vous le connaissez peut-être, ce poème de Maria Tesselschade Roemers Visscher où elle réagit avec espièglerie aux sonnets écrits par d’autres poètes autour du mot schoncken (ancienne graphie de schenken, qui signifie offrir, verser). Elle y employait le mot minvaders (néologisme que l’on pourrait traduire par « pères nourrices »). Constantijn Huygens s’est arrogé le droit de la corriger et a remplacé ce terme par moetblazers (autre néologisme signifiant littéralement « insuffleurs de bravoure »).

Ce faisant, il a supprimé toute une couche de sens. À l’origine, Roemers louait les hommes en termes féminins, en les présentant comme les nourrices de la culture néerlandaise, ce qui créait un contraste dans le poème avec la célébration de la violence masculine et de la guerre. Huygens a occulté la combinaison de ces éléments masculin et féminin (qui incarnait la contradiction interne entre nourrice et père). À travers ce choix, Roemers ne visait pas tant à changer de forme ou de genre que de point de vue. Elle opérait un glissement subtil dans le discours littéraire commun – un acte qui a été rejeté. Non pas parce que ce glissement n’était pas littéraire, mais parce qu’il ne s’inscrivait pas dans les normes littéraires dominantes de l’époque.

Les femmes telles que Maria Tesselschade Roemers Visscher étaient des adeptes de ces déplacements subtils. Certes, elles étaient officiellement exclues de l’enseignement supérieur et des positions de pouvoir. Pourtant, il suffit de lire leurs textes pour constater qu’elles n’accusaient pas le moindre retard, et n’avaient rien à envier à quiconque. Au contraire, elles revendiquaient leur singularité à travers le jeu et l’expérimentation, comme on le voit chez Roemers. Ce type d’élément se retrouve chez d’autres autrices. Leur humour, leur engagement citoyen et leur expression personnelle ne constituent pas un défaut, mais bien une force.

Un style malicieux et incisif

Commençons par l’humour. L’humour, vraiment ? Les textes du début de l’époque moderne n’étaient-ils pas soporifiques et poussiéreux ? Ce serait méconnaître leur caractère malicieux et incisif. Pour le podcast Historische Klassiekers, des écrivaines et écrivains ont réécrit en néerlandais contemporain certaines œuvres de femmes des XVIIe et XVIIIe siècles, et tous l’ont tous remarqué : les femmes utilisaient souvent l’humour. Celui-ci apparaît seulement durant la lecture lente et minutieuse que requiert la réécriture. De nombreux textes qui paraissent sages ou conventionnels au premier abord se révèlent alors espiègles, mordants et maîtrisés. Peut-être lisons-nous trop superficiellement, parce que nous partons du principe que les femmes n’avaient pas grand-chose à offrir. Bien sûr, nous ne savons pas tout à fait ce qu’elles ont voulu dire – si seulement nous pouvions leur poser la question ! –, mais la forme et les jeux de langues présents dans leurs textes fournissent des indices décelables par un lecteur attentif. Et, une fois que l’on a reconnu ces signes, leur ironie ne peut plus nous échapper.

Le procédé rhétorique de la fausse modestie, où l’auteur minimise son talent, en est un exemple très répandu chez les femmes écrivaines. Au début de l’époque moderne, elles l’emploient souvent avec ironie, justement pour relativiser avec finesse leur statut et les attentes qui pèsent sur elles – ou l’inverse. Dans De Lof voor alle Eerbare Vrouwen en jongh-vrouwen (Éloge de toutes les femmes et jeunes filles vertueuses), Johanna Hobius se présente comme une femme modeste et soumise. Ensuite, elle énumère toute une série de femmes savantes, mais à travers ce poème, elle s’inscrit elle-même, de manière très ironique, dans cette lignée. Soumise, vraiment ? Elle use de son apparente humilité comme d’un stratagème pour se mettre elle-même en avant.

Là où Hobius dissimule habilement son ironie, qui n’apparaît qu’aux lectrices lecteurs vigilants, Juliana Cornelia de Lannoy la place au contraire au premier plan. C’est le cas dans son poème « De volmaakte man » (L’homme parfait), une sorte d’hymne à l’homme idéal. Chaque nouvelle qualité évoquée accentue l’idéalisation et l’absurdité de celui-ci, rendant son existence de plus en plus improbable. C’est dans cette accumulation d’hyperboles que se niche la critique. De Lannoy révèle ainsi le fond de sa pensée sans pour autant enfreindre les règles de la bienséance.

Ce type de ton ironique est rarement isolé : en s’inscrivant dans un genre, une forme et des conventions, il démontre l’habileté des femmes autrices et le malin plaisir qu’elles ont dû éprouver à faire entendre leur originalité tout en respectant les limites imposées par la morale.

Évolution au sein du genre

Même si, aux XVIIe et XVIIIe siècles, tous les enfants de la République des Provinces-Unies allaient en principe à l’école élémentaire, les femmes n’avaient pratiquement pas accès à l’école latine ou à l’université. Elles n’apprenaient ni la rhétorique de Cicéron ni l’Ars Poetica. Leur formation linguistique se déroulait ailleurs, à la maison, à l’église, chez des amis. Dans ces cercles, elles s’appropriaient (en partie) tant les styles et formes classiques que d’autres modes d’expression, à travers la prière, le chant, les lettres, la calligraphie, les travaux d’aiguille ou les débats autour de la table de la cuisine, auxquels elles assistaient ou prenaient part. Elles ne se positionnaient pas pour autant en dehors du système littéraire, mais se conformaient au contraire délibérément aux genres et formes existants. Seulement, elles y apportaient souvent une touche personnelle, qui était en général jugée inférieure à la norme dominante, y compris par elles-mêmes.

Dans certains cas, des hommes corrigeaient ces entorses aux règles, comme nous l’avons vu avec Huygens et le poème de Maria Tesselschade Roemers Visscher. Cependant, des femmes telles que Roemers montraient comment opérer subtilement de l’intérieur du système, en combinant la maîtrise de la forme avec des changements de perspective légers, mais fondamentaux. Ainsi Roemers a-t-elle écrit un contrafact (poème sur une mélodie existante) sur un madrigal de Giovanni Guarini, à partir duquel Pieter Hooft avait déjà composé un sonnet. Elle avait mis en évidence une erreur commise par les deux hommes : on ne peut nommer l’amour qu’avant ou après le baiser, pas pendant, car les lèvres sont alors jointes. Il s’agit d’une petite correction, mais elle est primordiale. Roemers montre ainsi que ce n’est pas l’image classique, mais l’espace d’action physique qui détermine le style du poème.

Chants et lettres

Notons également que certains types de textes sont longtemps restés en marge du canon de la littérature. Ils ne permettaient pas d’accéder au sommet du mont Parnasse : l’auteur n’en retirait aucun prestige. Le chant en est un exemple édifiant. Les femmes connaissent de grands succès dans ce genre, en particulier aux XVIe et XVIIe siècles. Ceux de Judith Lubbers et Katharina Boudewijns sont très largement diffusés. Dans la République du début de l’époque moderne, on chante partout : à la maison, dans la rue, à l’église, pendant le travail et lors des rituels. Les chansons font office de prières, d’aide-mémoire, de savoir collectif ou encore de boussole morale et religieuse. On interprète et on adapte les textes tout en les chantant.

Le chant a aussi une dimension politique. Les femmes entonnent des chants catholiques satiriques ou de lutte lors de leurs déplacements en ville. Chanter devient ainsi une façon provocatrice d’affirmer sa présence dans l’espace public. Bon nombre de ces textes n’ont jamais été étudiés, parce qu’ils circulaient sous forme manuscrite dans des cercles de taille modeste.

Il en va de même pour les lettres. Les femmes s’en servent alors pour échanger sur leurs expériences personnelles et philosophiques. Cette pratique est liée à leur statut social : en des temps troublés, le courrier offre aux femmes un espace important pour l’amitié et les échanges intellectuels. Peut-être est-ce pour cette raison que tant de lettres de femmes du XVIIIe siècle nous sont parvenues. Ainsi, dans son recueil de poèmes, Christina Leonora de Neufville a repris en vers des lettres de Voltaire, tout en en proposant une critique poétique élégante.

Le courrier offrait aux femmes un espace important pour l’amitié et les échanges intellectuels. C’est peut-être pourquoi tant de lettres de femmes du XVIIIe siècle nous sont parvenues

Il n’est donc pas surprenant qu’aux Pays-Bas, les deux premières personnes à explorer le genre du roman épistolaire aient été des femmes. À travers leurs lettres, Betje Wolff et Aagje Deken ont pu donner libre cours au flot de pensées de leurs personnages dans Sara Burgerhart, élargissant ainsi considérablement le champ de la littérature. Leur succès a été retentissant, au point que Sara Burgherart a été pleinement intégré au fameux canon littéraire.

Le fait que ce genre de textes ne soient pas toujours considérés comme de la littérature – nous les trouvons trop religieux, sentimentaux ou personnels – en dit long sur nos attentes. La question n’est pas la perfection au sens classique, mais une autre conception de la littérature : la force de ces écrits réside dans leur capacité à toucher leurs lecteurs, à les inciter à la réflexion et à les entraîner dans un univers d’expériences personnelles et de préoccupations sociales.

L’autobiographie

Outre les chants et les lettres, certaines femmes recourent aussi à l’autobiographie pour donner une place à leurs expériences personnelles et religieuses. Ces écrits ne relèvent pas d’un nombrilisme exhibitionniste, mais offrent un espace de réflexion et la possibilité de partager une vision morale.

Isabella de Moerlosse, l’une des nombreuses autobiographes du XVIIe siècle, en est un exemple frappant. Marqué par une profusion de dialogues et une ponctuation étonnamment parcimonieuse, son style témoigne de ses distances avec les conventions. Décousu et chargé d’émotion, son volumineux Vredetractaet (Traité de paix) est aussi imprégné d’une conscience morale et religieuse. Elle écrit sur le désir bestial, la faute, la honte et la réputation entachée, montrant ainsi comment des expériences personnelles, voire corporelles, peuvent devenir source de connaissances.

D’autres femmes, comme Maria Petyt et Cornelia Teellinck au XVIIe siècle, mettent leurs expériences religieuses à profit à leur manière. Elles veulent donner aux lecteurs des conseils pratiques et moraux ; leur relation avec « le Bien-Aimé », c’est-à-dire Dieu, leur sert de fil conducteur – y compris à travers les épreuves et doutes qu’elles endurent. Leurs mots ont littéralement pour but d’aider les lecteurs, de les avertir de certains dangers ou de les influencer.

Dans une culture où l’autorité religieuse revient officiellement aux hommes, ce type de textes offrent aux femmes un espace à elles pour asseoir leur autorité morale (et même pour gagner des adeptes, comme Antoinette Bourignon). Elles endossent ainsi un rôle influent au sein des cultures religieuses catholique et réformée. Elles tissent des réseaux, diffusent des idées et orientent des pratiques religieuses. L’enthousiasme du grand public montre que leur vécu personnel est reconnu, apprécié et partagé.

La construction d’un canon littéraire

Cette influence ne se limite pas à la vie individuelle ou à la sphère religieuse. Les femmes se lisent et se valident entre elles, et renforcent mutuellement leur position. Elles s’appuient les unes sur les autres. Maria Tesselschade Roemers Visscher qualifie par exemple Alida Bruno, sa cadette, de « nouveau soleil de la poésie » et de nouvelle Muse. Ainsi naissent non seulement un réseau de références et d’appréciations mutuelles, mais aussi une forme de canon littéraire féminin : des autrices érigées en normes, modèles et références.

La poétesse et imprimeuse Katharina Lescailje affirme qu’Elisabeth Hoofman s’est « hissée » en haut du mont Parnasse et que sa poésie rayonne « d’érudition linguistique, d’esprit et de sagesse ». De Lannoy est un modèle important pour Betje Wolff, qui donne à son poème le même titre que celui de son aînée : « Aan mynen geest » (À mon esprit). Même si son texte est différent, Wolff adresse ainsi un clin d’œil discret à une pièce de théâtre de la grande autrice.

Cette tradition d’inspiration et de références croisées se poursuit et se répand largement au XVIIIe siècle, que l’on pourrait presque qualifier de siècle des femmes écrivaines. Des cercles poétiques exclusivement féminins voient même le jour, comme celui fondé par Anna van der Aar à Delft.

Engagement

C’est à partir de cette reconnaissance mutuelle et de cette visibilité que leur engagement social prend forme. Les femmes du début de l’époque moderne ne peuvent pas s’engager dans l’armée ni entrer officiellement en politique, même si certaines penseuses, comme Charlotte de Huybert et Petronella Moens, les en jugent tout à fait capables. Elles trouvent d’autres moyens d’exercer leur influence. L’un des plus visibles est la maternité. Vers la fin du XVIIIe siècle, au milieu des Lumières et du développement de la citoyenneté, les femmes revendiquent de plus en plus de place dans de nombreux domaines, au motif qu’elles éduquent les nouvelles générations – et donc, les futurs dirigeants. Dans leurs écrits, les femmes mettent l’accent sur les relations mère-fille, créent des personnages principaux féminins présentés comme les sauveurs de la société, et prônent de nouvelles valeurs dans les ouvrages éducatifs et les livres pour la jeunesse, combattant au passage des idées reçues sur le péché originel féminin. Une véritable « vague d’émancipation ».

Les femmes du début de l’époque moderne ont une conscience particulièrement aiguë des injustices sociales et s’intéressent aussi à ce qui se passe à l’étranger

Leur engagement ne se limite pas à la sphère domestique. Elles écrivent aussi des poèmes sur la guerre et la politique, et passent au crible les inégalités sociales. Comme le souligne Marita Mathijsen dans la série de podcasts, les femmes du début de l’époque moderne ont une conscience particulièrement aiguë des injustices sociales. Leur engagement est le fruit de convictions religieuses associées à un amour sincère pour la patrie, et non de la défense d’intérêts personnels.

Voici quelques exemples pour illustrer ce phénomène : Anna Bijns critique Martin van Rossum, un chef d’armée qui a réduit des villages en cendres, mais elle préfère tout de même son autorité brutale à celle de Martin Luther, dont elle juge l’influence plus néfaste. Anna Roemers Visscher condamne les comportements belliqueux masculins lors des conflits entre remontrants et contre-remontrants. Quant à Katharina Lescailje, elle met les Amstellodamois en garde contre les forces tyranniques qui menacent la république.

Elles s’intéressent aussi à ce qui se passe à l’étranger. Lucretia Wilhelmina van Merken et Juliana Cornelia de Lannoy s’inquiètent du sort réservé aux peuples autochtones d’Amérique. Elisabeth Maria Post est le premier auteur néerlandais – tous sexes confondus – à dénoncer explicitement l’esclavage dans son roman épistolaire Reinhart (qui signifie « cœur pur », un nom qui en dit long). À travers une construction habile, elle veille à ce que son personnage principal condamne l’esclavage avant de devenir lui-même propriétaire d’esclaves, ce qui fait progressivement évoluer ses convictions. Une illustration subtile de la complexité morale et sociale. Petronella Moens critique elle aussi l’esclavage et l’oppression coloniale, notamment dans son roman De jonge Sofia (La jeune Sofia).

D’autres formes d’ambition

Dans l’histoire de la littérature, on évoque souvent l’ambition. En général, nous l’interprétons comme un désir de reconnaissance ou une volonté de s’opposer aux normes en vigueur. Mais chez les femmes du début de l’époque moderne, l’ambition est plus difficile à cerner. Il s’agissait pour elles de nouer des relations sociales, de conquérir un nouveau public… ou simplement d’expérimenter : en ce temps-là, les femmes pratiquent souvent en parallèle plusieurs genres très différents.

Toutefois, une foule de femmes ambitionnent bel et bien d’atteindre le sommet du mont Parnasse. Et bon nombre d’entre elles y parviennent – davantage qu’on ne le croit : les couronnes de laurier pleuvent à la gloire de ces Sappho, étoiles, perles et autres Pallas. Et, comme nous l’avons vu, elles n’hésitent pas à s’en distribuer entre elles.

C’est au théâtre que cette ambition plurielle se manifeste le plus clairement. Une fois autorisées au sens propre à monter sur les planches au milieu du XVIIe siècle, elles vont peu à peu dominer le genre. De plus en plus de femmes se mettent à écrire pour la scène, comme Katharina Lescailje. À la fin du XVIIIe siècle, Lucretia Wilhelmina van Merken et Juliana Cornelia de Lannoy règnent toutes deux au sommet de la tragédie – deux reines dans le genre littéraire le plus prestigieux de tous. Il est à noter que les femmes non seulement dominent le genre, mais mettent aussi en scène des personnages principaux féminins complexes et nuancés.

Bien sûr, il y a aussi des autrices moins enclines à emprunter les sentiers battus de la rhétorique. N’ayant pas suivi de formation classique, elles ne sont prisonnières d’aucun carcan rigide de règles et de conventions. Elles n’ont pas besoin de renouveler le genre pour attirer l’attention. Il leur est plus naturel de choisir des voies radicalement différentes. Elisabeth Maria Post, par exemple, écrit en vers libres ; non pour se démarquer, mais parce qu’elle dispose de cette liberté, et qu’elle s’en saisit.

Pour certaines, l’ambition revêt une forme très concrète. Aagje Deken et Betje Wolff inventent ainsi un genre tout à fait neuf : elles conquièrent un nouveau lectorat avec leurs Economische liedjes (Chansons économiques), des poèmes destinés à être chantés par le peuple. Tant qu’elles s’essayaient aux genres considérés comme littéraires, tels que la tragédie ou l’épopée, elles passaient inaperçues. Mais avec ce type de chants et leurs romans épistolaires, elles rencontrent un franc succès commercial.

À la fin du XVIIIe siècle, les femmes non seulement dominent le genre théâtral, mais mettent aussi en scène des personnages principaux féminins complexes et nuancés

Une histoire de la littérature qui mesure l’ambition à l’aune de la renommée et du renouvellement du genre peut certes intégrer sans peine Deken et Wolff à son panthéon, mais elle aura tendance à laisser de côté leurs pratiques d’écriture plus commerciales et leur engagement social, qui sortent des catégories traditionnellement associées à l’ambition littéraire.

En lisant ces textes tels que les femmes les ont écrits – incisifs, espiègles et engagés –, on comprend que les formes non conventionnelles, l’humour et l’expérience personnelle ne constituent pas un défaut, mais une force. Il ne s’agit pas d’innovation au sens classique du terme, mais de la reconnaissance d’autres approches littéraires qui sont longtemps restées dans l’ombre.

La réécriture joue ici un rôle crucial : inévitablement, elle modernise ces textes, mais c’est précisément ce qui les rend reconnaissables et nous amène à revoir nos attentes. Cela explique peut-être aussi pourquoi ces écrits, après une lecture attentive, nous paraissent si proches. Ils n’appellent pas une admiration lointaine, mais une attention sincère et une disposition à apprécier plus largement leur portée littéraire et à reconnaître l’audace et l’originalité dont ont fait preuve les femmes pour les façonner.

Fleur Speet

critique et chercheuse, cofondatrice de Fixdit

photo © Hanje Koster

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