Lieke Marsman (1990-2026), une voix lucide et incisive jusqu’au bout
Le 3 juin 2026, la poète, philosophe et romancière Lieke Marsman s’est éteinte des suites d’une forme rare de cancer. Son œuvre, couronnée de nombreuses distinctions, lui avait notamment valu le prestigieux prix Constantijn Huygens en 2025. Le jury saluait alors son audace formelle et sa capacité à toucher un large public, souvent remarquablement jeune.
Née en 1990 à ‘s-Hertogenbosch, Lieke Marsman fait une entrée remarquée en littérature avec son premier recueil, Wat ik mijzelf graag voorhoud (Ce que j’aime me rappeler), publié en 2010. L’ouvrage est immédiatement récompensé par plusieurs prix, dont le prix C. Buddingh’, le prix Lucy B. et C.W. van der Hoogt ainsi que le prix du meilleur premier recueil décerné par la revue Het Liegend Konijn. Trois ans plus tard paraît De eerste letter (La première lettre) qui confirme la singularité de sa voix poétique.
Lieke Marsman© Tom Cornelissen
En 2017, elle publie son roman Het tegenovergestelde van een mens dont la traduction française, Le Contraire d’une personne, paraît en 2019 aux éditions Rue de l’échiquier. Le quotidien néerlandais NRC comptera plus tard ce titre parmi les meilleurs livres du XXIe siècle. En mêlant prose, poésie et essai, Marsman y aborde l’une des questions majeures de notre époque : le changement climatique. La même année paraît également Man met hoed (Homme au chapeau), un volume rassemblant ses poèmes ainsi que plusieurs de ses traductions.
Avec De volgende scan duurt vijf minuten (2018, Le prochain scan dure cinq minutes), elle explore, à travers dix poèmes et un essai, les liens entre un corps malade et un monde lui aussi en crise. L’ouvrage prend la forme d’un plaidoyer passionné invitant chacun à regarder autour de soi et à assumer ses responsabilités dans une société de plus en plus polarisée.
En 2021, elle est nommée Dichter des Vaderlands (Poète ou Poétesse des Pays-Bas). Le jour même de sa nomination, paraît In mijn mand (Dans mon panier). Elle y interroge les grandes questions qui traversent l’existence humaine : la valeur de la vie et la place qu’y occupe la mort.
Lieke Marsman exercera la fonction de poète nationale jusqu’en 2023. Au début de cette même année paraît Ter gelegenheid van poëzie (À l’occasion de la poésie), un hommage à la poésie et à l’importance d’un usage précis, sincère et réfléchi de la langue. Une exigence qu’elle appliquait également dans le débat public. Par ses chroniques dans la presse comme par ses interventions sur les réseaux sociaux, elle s’est imposée comme une observatrice engagée de la société. Avec humour et une remarquable acuité, elle savait toujours aller au cœur des questions les plus complexes.
En 2025 paraît Op een andere planeet kunnen ze me redden (Sur une autre planète, ils pourraient me sauver), un voyage philosophique dans les profondeurs de l’esprit humain, ponctué de fragments de journal intime relatant la proximité croissante de la mort.
Cette même année, l’ensemble de son œuvre est récompensé par le prix Constantijn Huygens. Le jury qualifie Marsman de figure majeure des lettres néerlandaises contemporaines : « L’œuvre de Lieke Marsman montre comment la littérature peut nous aider à trouver une forme pour penser l’impensable. À travers ses écrits sur le climat, la maladie et bien d’autres sujets, elle ne perd jamais de vue l’articulation entre l’intime et le politique. Elle occupe une place de premier plan dans la littérature néerlandaise contemporaine. Son goût de l’expérimentation formelle lui permet de toucher un vaste lectorat, souvent étonnamment jeune. »
Le 9 mai 2026, la bourgmestre d’Amsterdam, Femke Halsema, lui remet la médaille Frans Banninck Cocq en reconnaissance de son engagement culturel et sociétal.
Son dernier livre, De dichter en de duivel (Le poète et le diable), paraît de façon posthume en juin 2026. La narratrice y découvre, après l’achat d’une maison, que son débarras ouvre l’accès à un monde souterrain peuplé d’influenceurs, de responsables politiques, de commentateurs, de chroniqueurs… et du diable lui-même.
Avec Lieke Marsman, les lettres néerlandophones perdent une voix à la fois singulière, mordante et profondément humaine. Son œuvre reste cependant largement à découvrir pour le lectorat francophone. À l’exception de Le Contraire d’une personne, aucun de ses ouvrages n’a à ce jour été traduit en français. Il est toutefois possible de lire en version française plusieurs de ses poèmes sur notre site.








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