Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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Perspective 2030: Bruxelles à nouveau Capitale culturelle?
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Perspective 2030: Bruxelles à nouveau Capitale culturelle?

Bruxelles espère être à nouveau Capitale culturelle de l’Europe en 2030. La ville a déjà eu droit à ce titre en 2000. Dire que la capitale belge ait vraiment donné une image éclatante au monde extérieur serait grandement exagéré. Et pourtant: si Bruxelles s’évertue dès à présent à préparer sérieusement 2030, il y a bien sûr un lien évident avec l’an 2000.

Quel souvenir vous est-il resté de Bruxelles 2000? Le nom de l’Écossais Robert Palmer vous rappelle-t-il encore quelque chose? Il a été invité à Bruxelles comme intendant en 2000 après avoir organisé dix ans plus tôt une année culturelle couronnée de succès dans sa ville natale de Glasgow.

À Bruxelles, toutefois, les circonstances ne jouaient pas vraiment en faveur de Palmer. Pour commencer, à l’époque Bruxelles n’était qu’une des… neuf capitales culturelles européennes. N’étant pas parvenue à opérer un véritable choix, l’Europe avait tout simplement décidé qu’en raison du magique an 2000 le titre serait certes décerné à Bruxelles mais aussi à Prague, à Avignon, à Bologne, à Cracovie, à Saint-Jacques de Compostelle, à Helsinki, à Bergen (Norvège) et à Reykjavik. Se faire remarquer au niveau international dans un tel contexte n’était dès lors pas une sinécure...

Par ailleurs, la complexité institutionnelle de la Belgique ne facilitait en aucune manière la mission de Palmer. À Bruxelles, plusieurs niveaux sont responsables de la culture: les communes, les communautés, les commissions communautaires, le gouvernement fédéral... (La situation peut être comparée à celle qui existe dans les domaines du bien-être et de la santé. Les faiblesses de cette répartition de compétences se sont clairement manifestées lors de la crise du covid.) Comme en 2000 la Région de Bruxelles-Capitale même ne disposait encore d’aucune compétence culturelle, la candidature devait être introduite par la ville de Bruxelles. Or, celle-ci n’est somme toute qu’une des dix-neuf communes de cette région.

Palmer devait aussi tenir compte de ces différents niveaux administratifs lorsqu’il s’agissait de composer son équipe. Au sein de celle-ci prévalaient des conceptions différentes concernant l’année culturelle. Cet état de choses eut notamment pour effet que le Flamand Hugo De Greef se retira pour devenir l’intendant de Bruges 2002. En effet, deux ans à peine après Bruxelles, la Belgique pouvait se féliciter de présenter à nouveau une Capitale culturelle de l’Europe. Dans la ville de Bruges, un Concertgebouw flambant neuf demeurerait en outre un témoignage durable de l’année culturelle. Ainsi que la suite le démontrerait, un haut lieu de ce genre manquait cruellement à Bruxelles.

Une meilleure coopération

Le monde culturel bruxellois jette un regard moins négatif sur 2000. Le fleuron de Bruxelles 2000 était la Zinneke Parade, une parade artistique que préparèrent pendant des mois des centaines de Bruxellois de tous les quartiers de la ville.

Cette Zinneke Parade existe toujours en tant que manifestation biennale. La formule a certes évolué, mais il s’agit toujours d’un événement que les Bruxellois attendent avec impatience. Zinneke est par ailleurs devenue beaucoup plus qu’une parade biennale. Grâce à la récente transformation d’une ancienne imprimerie devenue son quartier général dans une partie isolée du quartier du Nord, Zinneke joue également un rôle sur des plans autres que celui de la participation culturelle, à savoir sur ceux de l’écologie et de la durabilité: Zinneke a récupéré de manière très zélée toutes sortes de matériaux de construction et tient aussi à mettre le plus possible son infrastructure à la disposition d’autres utilisateurs.

En outre, à partir de 2000 les différents segments du secteur culturel bruxellois se sont rendu compte qu’ils devaient beaucoup plus que précédemment s’unir et coopérer pour parvenir à entreprendre ou réaliser quelque chose. Des deux côtés de la frontière linguistique a été mise en place une concertation artistique qui a abouti à des collaborations très étroites. Le Conseil bruxellois des musées chapeaute les musées. Pour l’annuelle réception du nouvel an s’y joignent aussi les gemeenschapscentra (centres communautaires) du côté flamand et les centres culturels du côté francophone.

Cette concertation plus large et cette coopération n’ont malheureusement pas empêché que le secteur culturel bruxellois s’est vu confronté à une série de contretemps au cours des dernières années. Les attentats à Paris en novembre 2015 et à Bruxelles en mars 2016, auxquels étaient mêlés des auteurs de faits terroristes originaires de la capitale même, ont manifestement contribué à diffuser une image néfaste de la ville. Les récentes fermetures dues à la pandémie ont très fortement touché le secteur culturel, d’ailleurs pas à Bruxelles uniquement. Les subventions réduites en raison de restrictions budgétaires ont fait mal à tout le secteur culturel dans son ensemble. La revue culturelle trilingue Agenda a été supprimée en tant que publication distincte par les Vlaams-Brusselse Media.

L’actualité

Les pouvoirs compétents en matière culturelle sont aujourd’hui encore très nombreux. Depuis la sixième réforme de l’État de 2011, la Région Bruxelles-Capitale est compétente pour les matières dites «biculturelles d’intérêt régional». Le centre d’art moderne et contemporain KANAL, qui occupe les espaces d’un ancien garage Citroën au square Sainctelette, par exemple, est une initiative de la Région. KANAL est appelé à devenir la carte de visite par excellence de la Région, mais montre en même temps que celle-ci, riche de sa nouvelle compétence culturelle, est encore tâtonnante: la nomination d’un chef de cabinet bruxellois à la fonction de project manager a suscité beaucoup de critiques. La coopération avec le Centre Pompidou de Paris s’est heurtée à nombre d’objections. Certaines organisations bruxelloises sont aujourd’hui davantage partie prenante que le Centre Pompidou, mais éprouvent des difficultés à survivre.

Le ministre-président Rudi Vervoort s’est lui aussi mis à dos le secteur culturel en annonçant que l’auteur de bandes dessinées Philippe Geluck se verrait ériger un musée à proximité du palais des Beaux-Arts Bozar en plein cœur culturel de la ville. Pourquoi un musée entier consacré à un seul auteur de BD mettant en scène un seul personnage connu, Le Chat, alors qu’un peu plus loin le musée de la Bande dessinée doit licencier ses collaborateurs faute de moyens financiers?

Plus prometteurs en revanche sont les projets visant à développer dans la zone du canal à Molenbeek-Saint-Jean, limitrophe du quartier de Cureghem (commune d’Anderlecht), un pôle artistique dont toute une série d’organisations font ou vont faire partie. La Société d’aménagement urbain de la Région redéveloppe et rénove d’anciens bâtiments industriels en un ensemble de sites de création. Charleroi Danse, Recyclart, temporairement le Vaartkapoen (VK, un «centre communautaire expérimental axé sur la musique, Molenbeek et la société») et le Decoratelier du scénographe et artiste Jozef Wouters y sont déjà établis. De l’autre côté de la rue, le Cinemaximiliaan occupe un immeuble. Il réalise des projets cinématographiques avec de nouveaux arrivants.

À nouveau Capitale culturelle de l’Europe?

C’est aussi le ministre-président Vervoort qui a cette fois-ci pris l’initiative d’une deuxième candidature de Bruxelles comme Capitale culturelle. La procédure de désignation a entre-temps été adaptée. Chaque année on élit deux ou trois capitales culturelles dans l’ensemble de l’Europe. Une liste des pays entrant en ligne de compte a été dressée, avec en regard l’année où chacun d’eux est éligible. Après Mons en 2015, la Belgique pourra à nouveau avoir son tour en 2030. Le système est échelonné, en ce sens que les villes doivent d’abord poser leur candidature au niveau national avant d’être évaluées au niveau européen - à moins qu’un pays décide de n’introduire qu’une seule candidature auprès du Conseil européen.

En 2030 la Belgique célèbrera ses 200 ans d’existence, ce qui constitue un argument solide pour que sa capitale se voie accorder le titre de Capitale culturelle de l’Europe.

Ces dernières années, les capitales culturelles ont perdu un peu de leur aura. Savez-vous, par exemple, que la ville luxembourgeoise d’Esch-sur-Alzette est Capitale culturelle en 2022? Esch illustre les limites de la nouvelle procédure. Des pays importants disposant de grandes villes culturelles ou des petits pays n’ayant que de petites villes sont mis sur un pied d’égalité. L’Europe formule toutefois des exigences sévères sur le plan du contenu. Les villes ne peuvent pas s’engager tout simplement pour une seule année de fastes, mais doivent aussi faire preuve d’une vision à long terme.

Plusieurs villes belges ont déjà fait savoir qu’elles briguent le titre pour l’année 2030. Gand et Louvain sont deux «concurrentes» redoutables pour Bruxelles. Louvain, tout récemment encore Capitale européenne de l’innovation en 2020, a effectué en peu de temps un important mouvement de rattrapage sur le plan culturel. La ville nourrit des projets concrets pour un complexe destiné aux arts de la scène. Gand déborde d’initiatives culturelles et, aux dires de certains, aurait déjà mérité de se voir attribuer le titre de Capitale culturelle en 2002 au lieu de Bruges. La ville planifie d’importants travaux de transformation à l’Opéra flamand ainsi qu’au Design Museum.

Bruxelles présente un avantage évident face aux autres candidats. En 2030 la Belgique célèbrera ses 200 ans d’existence, ce qui constitue un argument solide pour que sa capitale se voie accorder le titre.

D’autant plus qu’en vue de ces festivités le gouvernement fédéral songe à des projets de revalorisation du site du Cinquantenaire, qui abrite non seulement les impressionnants musées royaux d’Art et d’Histoire et le musée royal de l’Armée mais aussi le populaire Autoworld. Le parc est très fréquenté, mais mériterait au même titre que les musées d’être sérieusement réaménagé. Paul Dujardin, ancien directeur général de Bozar, vient d’être nommé au sein de l’équipe Art et Histoire avec pour mission de s’atteler à ce dossier de la revalorisation du site.

De plus, Bruxelles a nettement pris les devants. L’année dernière déjà elle a désigné un duo de chargés de mission expérimentés: Jan Goossens, ancien directeur du Théâtre royal flamand à Bruxelles, également actif à Marseille et à Tunis, et Hadja Lahbib, journaliste à la Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF). Ils bénéficieront de l’appui d’un comité d’experts comportant quelques noms prestigieux du monde culturel. Un premier rapport de Goossens et de Lahbib est attendu vers le milieu de 2022. Bruxelles introduira sa candidature en 2024. Le verdict tombera l’année suivante.

Qu’est-ce que Hadja Lahbib et Jan Goossens ont déjà livré de leurs projets? Qu’ils ont l’intention et la volonté de travailler très bottom-up, c’est-à-dire de compter sur des apports considérables de la société bruxelloise. Et que, comme ils l’ont déclaré dans une interview accordée à l’hebdomadaire néerlandophone Bruzz, ils entendent «engager avec des artistes et la culture un processus qui puisse constituer un moteur pour d’autres développements sociétaux tels que l’urbanisme, la durabilité, la démocratie et l’égalité sociale».

Leurs propos font dans un certain sens écho au trajet de la Zinneke Parade des deux décennies écoulées. Lahbib et Goossens envisagent d’organiser à partir de 2024 des biennales intitulées L’Été de Bruxelles et déclarent vouloir tendre la main aux autres villes candidates belges en vue de mettre sur pied des collaborations.

Même si dans le passé plusieurs villes plus petites ont été couronnées Capitales de la culture, le quotidien flamand De Standaard a d’ores et déjà conseillé aux autres villes candidates d’accepter la main tendue de Bruxelles: «Il y a une seule tactique simple pour garantir la réussite: essayer de se poser en partenaire flamand du projet bruxellois.»

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