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«Septentrion» échappe au déluge
Septentrion dans le rétroviseur
Société

«Septentrion» échappe au déluge

Un jour, une photo importante dans l’histoire de Septentrion a bien failli être emportée par les eaux. Qu’y a-t-il sur cette photo ? Pourquoi est-elle si importante?

Un ciel d’un noir d’encre recouvrait Rekkem, la petite cité de la frontière franco-belge où se trouve Ons Erfeel vzw, l'institution éditrice de Septentrion. Il pleuvait à seaux, un vrai déluge. Les locaux de l’administration et de la rédaction de Ons Erdeel vzw étaient presque submergés et, pour comble, l’eau se mit bientôt à ruisseler des murs. Et pas en minces filets. Dans le bureau de Septentrion, un des plus atteints, elle se fraya un chemin jusqu’à l’une des photos les plus emblématiques de l’histoire de Ons Erfdeel vzw.

Si Jozef Deleu n’avait pas accouru en catastrophe (le responsable de la rédaction de Septentrion était absent ce jour-là), la photo n’aurait plus été qu’un torchon trempé, bon pour la poubelle. C’eût été d’autant plus à déplorer que nous sommes très fiers, aujourd’hui encore, de montrer cette photo (qui a tout de même été un peu endommagée) à toute personne qui nous rend visite à Rekkem.

Que peut-on, ou plutôt qui peut-on voir sur cette photo? L’important, ce sont évidemment les personnes assises à la table. Pas de souci, je ne vais pas décrire en détail qui étaient ces participants et ce qu’ils faisaient. Mais je vais tout de même en choisir quelques-uns pour vous.

Je commence, noblesse (et déluge) obligent, par Jozef Deleu, fondateur de Septentrion et, jusqu’en mai 2002, rédacteur en chef de la revue. Il est à peu près au centre: l’homme au regard particulièrement sérieux avec de grandes lunettes foncées. À ses côtés, Yves Cazaux, éminent historien et ancien préfet (à droite de Deleu) et Hendrik Brugmans, recteur honoraire du Collège de l’Europe à Bruges (à gauche de Deleu).

À droite d’Yves Cazaux se trouvent Liliane Wouters et Maddy Buysse. Mme Wouters peut encore toujours être classée parmi les traducteurs de poésie de néerlandais en français les plus remarquables que l’on ait connus. Elle a traduit le poète de la Flandre-Occidentale Guido Gezelle (1830-1899) ainsi que bon nombre de textes en moyen-néerlandais. En pays de langue française, en tout cas en Belgique francophone, Mme Wouters est plus réputée comme autrice. Elle a notamment publié La Salle des profs, un titre qui dit certainement quelque chose à plus d’un bibliophile belge francophone.

Maddy Buysse s’est, elle aussi, distinguée en tant que traductrice, entre autres de Hugo Claus. Elle était la belle-fille de Cyriel Buysse, auteur de nouvelles et romans naturalistes qui fut un des principaux écrivains flamands de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Un autre traducteur de premier plan, Marnix Vincent, a publié dans Septentrion au sujet de Maddy Buysse un texte très beau, émouvant même.

Vous pourriez vous demander si, malgré ma promesse, je ne vais pas finalement passer tout le monde en revue. Rassurez-vous, je ne vous présente plus qu’une personne. Voyez-vous, presque à l’extrême gauche, l’homme qui, un peu comme Deleu, a la main au menton? C’est Walter Thys.

Il était alors maître de conférences de néerlandais à l’université de Lille III et y deviendrait professeur ordinaire quelques années plus tard. En plus d’avoir, avec d’autres, tenu l’Internationale Vereniging voor Neerlandistiek (IVN - Association internationale de néerlandistique) sur les fonts baptismaux, Thys allait réussir à faire du néerlandais une branche à part entière à l’université de Lille III. Pendant longtemps, l’université de Lille a été, avec l’université Paris IV, la seule université de France où le néerlandais figurait parmi les matières principales.

Soyons clair: à cette longue table étaient réunies pas mal de sommités qui jouaient à l’époque un rôle en vue dans la société et dans le monde culturel et académique, tant dans les Plats Pays qu’en francophonie. La rencontre dont cette photo a capturé un instantané s’est déroulée fin avril 1976, à l’occasion de la cinquième année de Septentrion.

Il n’y a pas que la composition du groupe qui mérite l’attention, mais aussi le lieu: une maison de style, très appréciée de maints Parisiens, à savoir l’Institut néerlandais au 21 de la rue de Lille à Paris. Le directeur Sadi de Gorter, qui avait déjà ouvert pas mal de portes à Jozef Deleu (voir mon premier article de cette série), s’était également fait un plaisir d’ouvrir toute grande pour la circonstance la porte de son établissement.

La photo témoigne on ne peut mieux du crédit dont Septentrion a très rapidement bénéficié dès sa création. D’éminentes personnalités lui ont volontiers prêté leur concours, et la salle de réunion de l’Institut Néerlandais était, à ce qu’on dit, pleine comme un œuf. En 1972, la revue Septentrion s’était élancée de ses starting-blocks avec ardeur; quelques années plus tard, elle était déjà, pour beaucoup, une évidence.

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