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Un podomètre littéraire: Paris de quartier en quartier
compte rendu
Littérature

Un podomètre littéraire: Paris de quartier en quartier

L’ouvrage Met Parijse pen (D'une plume parisienne) brosse un tableau atypique de la capitale française. En dix essais, Margot Dijkgraaf, éminente spécialiste de la littérature française et critique littéraire néerlandaise, marche sur les traces d’écrivains à Paris, en compagnie du photographe Bart Koetsier.

Paris n’existe pas. Du moins, pas au singulier. Paris est multiple. Voilà peut-être là la principale conclusion que l’on puisse tirer de la lecture de Met Parijse pen. Cet ouvrage présente une vision riche et fascinante de la capitale sous ses formes les plus diverses: de l’ostentation à la misère, de la mentalité des nouveaux riches à la gloire passée, le tout à travers des quartiers qui, chacun à leur manière, affichent, ou non, un certain flegme.

Afin de présenter cette ville sous ses différentes facettes, Margot Dijkgraaf a pour ainsi dire littéralement marché sur les traces d’auteurs chez qui Paris joue ou a joué un rôle: parmi eux, on retrouve six auteurs francophones de renom (Simone de Beauvoir, Virginie Despentes, Michel Houellebecq, Patrick Modiano, Leïla Slimane et Fred Vargas), ainsi que quatre auteurs néerlandais. Dijkgraaf les suit en s’appuyant sur un itinéraire qu’il ou qu’elle a évoqué dans une de ses propres publications (bien souvent un roman). En outre, une petite carte illustre chaque trajet. Les photos, aussi bien celles en noir et blanc qu’en couleurs, prises par Bart Koetsier, exhalent une sorte de charme cinématographique et s’accordent parfaitement avec l’ambiance qui se dégage des textes de Dijkgraaf.

Met Parijse pen met, entre autres, le poète, chroniqueur et prosateur néerlandophone Remco Campert (° 1929) en avant. Campert faisait partie d'un imposant groupe d'écrivains et d'artistes plasticiens néerlandais et flamands qui n’ont pas pu résister à l’appel du Paris des années 1950. La plupart d'entre eux ont quitté la ville après quelques années seulement, à l’instar de Campert. Cependant, le souvenir de Paris ne le quittera jamais. Il ne parvient en effet pas à réprimer sa tendance à idéaliser ces années parisiennes et la ville telle qu'elle était alors.

Le livre Hoogtij langs de Seine. Nederlandse schrijvers en kunstenaars in Parijs (Âge d'or en bord de Seine. Écrivains et artistes néerlandais à Paris) de Diederik Stevens relate de manière fluide et passionnante l'expérience de tous ces jeunes dieux néerlandais et flamands à Paris. Une critique de cet ouvrage a d’ailleurs paru dans le troisième numéro de Septentrion. Arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas de 2012. Plus tard, d'autres artistes se forgeront un nom et une réputation. En 2015, Campert a remporté le prix des Lettres néerlandaises, la plus haute distinction littéraire de l'aire linguistique néerlandaise.

Willem Frederik Hermans (1921-1995) est considéré comme l'un des auteurs néerlandais les plus remarquables de l'après-guerre. Il n’était déjà plus tout jeune quand il quitta les Pays-Bas pour s’installer à Paris. Hermans était loin d’être un homme facile. Même dans la Ville Lumière, il ne semblait pas adepte de ce que l'on appelle aujourd'hui le socialising. Dans la capitale française, il a découvert des lieux qui dénotent un déclin de la civilisation, ce qui ressort de son œuvre. À un âge avancé, Hermans a tourné le dos à Paris et est parti pour Bruxelles.

Bon nombre de romans d'Adriaan van Dis (° 1946) ont déjà paru en français, dont Le Promeneur (Gallimard, 2008, traduit du néerlandais par Daniel Cunin). Ce livre ose lui aussi entraîner le lecteur dans les quartiers plus glauques de la métropole, où règne en maîtresse la pauvreté, le confrontant à l’embarras qu’il ressent face à tant de souffrance.

Un roman historique rédigé par Nelleke Noordervliet (° 1945) met également en exergue une misère noire. L’intrigue se déroule dans le Paris prérévolutionnaire du XVIIIe siècle, et la capitale est présentée comme étant le théâtre de confrontations et de bouleversement sociaux.

Chaque essai de Met Parijse pen est en soi une petite œuvre informative dotée d'une grande beauté stylistique. Le livre adopte sans conteste une approche innovante. Cette dernière aurait toutefois pu l’être plus encore. L'auteur se cantonne en effet aux écrivains francophones et néerlandophones. Du point de vue de Margot Dijkgraaf, ce choix se révèle compréhensible.

Toutefois, la présence d’auteurs issus d'autres régions linguistiques ayant vécu ou séjourné à Paris et ayant incorporé cette ville dans leur œuvre aurait pu donner une nouvelle dimension au livre. Il existe d’ailleurs une pléthore d’exemples. En outre, il est regrettable que parmi les auteurs néerlandophones ne figure aucun Flamand. Il ne fait nul doute que des piliers de la littérature flamande tels que Willem Elsschot (1882-1960) et l’incontournable Hugo Claus (1929-2008) auraient pu prétendre à une place dans Met Parijse pen.

Margot Dijkgraaf en Bart Koetsier, Met Parijse pen. Literaire omzwervingen (D'une plume parisienne: pérégrinations littéraires), Boom, Amsterdam, 2020, 191 p.
https://www.youtube.com/embed/kweKQ9ykaTY
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