Bruges au centre du monde
Au Moyen Âge, Bruges était l’un des grands carrefours de son temps. L’exposition Vision large : Les mondes interconnectés de Bruges, inaugurant le nouveau musée BRUSK, montre comment la cité flamande a rayonné bien au-delà de l’Europe, jusqu’au Proche-Orient et en Afrique, et vers les débuts du monde atlantique. L’historien Peter Frankopan, commissaire en chef de l’exposition, nous emmène au cœur du monde médiéval.
Entre le milieu du IXe et le milieu du XVIe siècle, Bruges s’est imposée comme l’une des villes les plus remarquables au monde. Elle n’a jamais été la plus grande ville d’Europe, ni le siège d’un empire ou la résidence d’une cour impériale. Pourtant, rares étaient les endroits aussi étroitement connectés au reste du monde, ou aussi habiles à absorber, transformer et diffuser des influences venues de bien au-delà de leur horizon immédiat. Bruges était, et demeure, un véritable joyau urbain. Son importance et son rayonnement reposaient avant tout sur son intégration à une série de réseaux – ceux des mers et des fleuves, du crédit et des marchandises, des reliques et des idées – ainsi qu’à un vaste maillage de connexions favorisant les échanges de biens et les déplacements des personnes, qu’il s’agisse de commerce, de pèlerinage, de diplomatie ou de simple curiosité.
Entre le milieu du IXe et le milieu du XVIe siècle, Bruges était étroitement connectée au reste du monde
Notre nouvelle exposition intitulée Vision large: Les mondes interconnectés de Bruges explore la riche histoire de la cité en la replaçant dans le contexte de ses liens avec d’autres villes, régions, voire continents. Dès les premières mentions de Bruges dans les sources écrites au IXe siècle, il apparaît clairement que la prospérité de la ville relevait avant tout de ses connexions : Bruges et son histoire sont indissociables des réseaux plus larges dans lesquels elle s’inscrivait. Dans l’exposition, nous racontons l’histoire de Bruges et de sa région à travers sa relation avec cinq mondes. Ce faisant, nous cherchons à montrer combien il est important d’élargir notre regard au-delà des remparts de la ville, afin de saisir comment chacun de ces mondes – la mer du Nord et les îles Britanniques, la Méditerranée, le Proche-Orient, l’Afrique, ainsi que, à partir de la fin du XVe siècle, l’Atlantique – a contribué à façonner son développement.
Terre d’asile
De nos jours, la ville de Bruges se situe à quelques kilomètres à l’intérieur des terres, mais au début du Moyen Âge, l’accès à la mer s’est révélé un facteur déterminant de son essor. Dès les VIIe et VIIIe siècles, la mer du Nord était déjà le théâtre d’intenses échanges et de flux de circulation toujours plus denses. Cette dynamique a favorisé le développement de centres urbains, de postes de commerce et de nouveaux ports le long des routes maritimes. Bruges était l’un de ces lieux qui prospéraient grâce à leur position privilégiée, devenant au fil du temps l’un des maillons d’un vaste réseau qui reliait les côtes de ce qui correspond aujourd’hui à l’Angleterre, au nord de la France, aux Plats Pays, à l’Allemagne et à la Scandinavie.
Les marchandises et les personnes circulaient donc régulièrement et en volumes considérables entre les villes et les régions. Textiles, vin, sel, esclaves et matières premières traversaient les voies maritimes dans les deux sens. La découverte en Angleterre d’un grand nombre de pièces d’argent frappées dans les Plats Pays au début du Moyen Âge atteste non seulement l’existence, mais aussi l’ampleur de ces transactions. La vitalité de ces échanges se manifeste aussi ailleurs, comme dans la diffusion du christianisme vers la Scandinavie et la région baltique, montrant que Bruges constituait un point de départ clé non seulement pour les marchands, mais aussi pour les missionnaires et les évangélisateurs.
Photo © Visit Bruges / Jan Darthet
Un autre aspect témoignant de l’importance de Bruges est le fait qu’elle servait de terre d’asile à des personnes de haut rang contraintes à l’exil. Après la défaite du roi Harold à la bataille d’Hastings en 1066, c’est à Bruges que sa mère Gytha et sa sœur Gunhilde ont trouvé refuge. Cette dernière y jouissait d’un tel prestige qu’à sa mort, elle a été inhumée dans l’enceinte de la cathédrale Saint-Donatien. La plaque funéraire en plomb relatant sa vie figure parmi les trésors présentés dans l’exposition, de même que le manteau (ou la cape) de sainte Brigitte, que Gunhilde aurait apporté avec elle à Bruges. Cette relique a fait l’objet d’une profonde vénération dans la ville en raison de l’association de la sainte avec les moutons et la laine, un secteur appelé à devenir l’un des piliers de l’économie de la Flandre.
Ces liens précoces avec l’Angleterre ont été ensuite renforcés par des mariages entre les élites dirigeantes. Guillaume le Conquérant, vainqueur de la bataille d’Hastings, était par exemple marié à Mathilde de Flandre, qui a été couronnée reine d’Angleterre en 1068 à l’abbaye de Westminster. La nièce de Mathilde, Adèle de Flandre, est devenue quant à elle reine du Danemark grâce à son mariage avec Knut IV. Après la mort de celui-ci, elle a épousé Roger Borsa, devenant ainsi duchesse d’Apulie et de Calabre, dans le sud de l’Italie.
Si ces mariages nous donnent une idée de l’élargissement progressif des horizons, le fait que d’autres régions du monde commencent à porter leur attention vers cette partie du nord-ouest de l’Europe en est une autre illustration. L’ouvrage de géographie universelle d’al-Idrisi, rédigé dans les années 1150 à la cour du roi normand Roger II de Sicile, en constitue un excellent exemple. Les cartes jouent un rôle clé au sein de l’exposition, avec celle d’al-Idrisi occupant une place centrale car elle nous permet de montrer à quel point la notion de perspective est cruciale pour comprendre à la fois la géographie et l’histoire. Pour al-Idrisi, Bruges était déjà une ville de premier plan, dont le nom et la réputation avaient largement dépassé les frontières de la Flandre. Elle faisait partie intégrante d’un ensemble de lieux étroitement interconnectés s’étendant à travers l’Europe, l’Afrique et l’Asie.
Abraham Cresques, Atlas catalan, 1375 (reproduction digitale)© Musea Brugge
À mesure que Bruges se développait, le besoin se faisait ressentir d’une part d’investir dans des infrastructures dignes de ce nom – principalement en termes de routes et de systèmes d’approvisionnement en eau et d’évacuation des eaux usées (pour limiter la propagation des maladies comme pour réduire les nuisances liées aux mauvaises odeurs) – et d’autre part de doter la ville d’institutions civiques. Parmi celles-ci, des tribunaux, administrés par des échevins avec une expertise en droit commercial, permettaient de trancher rapidement les litiges en se basant sur le bien-fondé de chaque affaire, plutôt que sur le rang ou le statut social des parties concernées. De telles réformes supposaient une certaine ouverture aux idées venues d’ailleurs, par exemple aux innovations venues des cités-États italiennes telles que les lettres de change, les mécanismes de crédit et les transferts par écriture comptable. Ces nouveaux outils permettaient de réduire les risques liés au commerce de longue distance et d’augmenter considérablement le volume des transactions possibles, les comptes étant désormais réglés par le biais de registres plutôt qu’en espèces.
Bruges a connu un tel succès qu’elle est devenue un pôle d’attraction pour les populations environnantes, mais aussi pour des personnes venues de contrées plus éloignées. Cette prospérité s’est accompagnée d’une urbanisation soutenue et d’importants investissements dans les infrastructures, depuis les édifices publics et religieux aux habitations et hôpitaux, sans oublier les routes et les réseaux d’approvisionnement et d’assainissement. La ville a connu une croissance telle qu’aux alentours de 1300, elle comptait peut-être quelque 50 000 habitants, une concentration démographique tout à fait exceptionnelle pour l’époque. Nourrir une population aussi nombreuse requérait une planification et une coordination minutieuses : il fallait organiser la gestion des terres et des ressources en eau, assurer un approvisionnement régulier en céréales et autres denrées de base provenant de l’extérieur de la ville, et mettre en place des systèmes de production et d’échange adaptés à une population urbaine de cette ampleur. D’aucuns prétendent qu’il a existé plusieurs berceaux du capitalisme médiéval en Europe. Bruges a été assurément l’un d’entre eux.
Un bout de Terre sainte
Une autre partie de notre exposition s’intéresse au rôle du christianisme et aux liens entretenus avec Constantinople et Jérusalem. À l’époque, la majeure partie de la population brugeoise ne s’aventurait guère loin de chez elle, les voyages au long cours étant coûteux, longs et souvent dangereux. C’est ainsi que nous expliquons comment se sont multipliés les lieux de pèlerinage locaux, permettant aux fidèles de se rendre, près de chez eux, dans des sanctuaires abritant les reliques d’hommes et de femmes vertueux dont l’Église encourageait les croyants à suivre l’exemple. L’une de ces figures était saint Donatien, dont les ossements ont été transférés de Reims à Bruges au milieu du IXe siècle par le comte Baudouin Ier de Flandre. Le culte de saint Donatien est devenu un élément central de la vie religieuse et civique de la ville, marquant les processions, les jours de fête et même l’identité collective.
Au fil du temps, cependant, les ambitions comme les horizons se sont élargis. Vers l’an 1000, les lieux emblématiques de la Terre sainte, tels que Bethléem, Nazareth et surtout Jérusalem, se sont mis à occuper une place de plus en plus importante dans l’imaginaire des habitants de Flandre, en particulier parmi les élites riches et puissantes. À la fin du XIe siècle, le comte Robert Ier de Flandre s’est rendu en pèlerinage à Jérusalem, afin de voir de ses propres yeux les lieux où Jésus-Christ avait vécu, avait été crucifié et était ressuscité. Sur le chemin du retour, il a fait la connaissance de l’empereur Alexis Ier Comnène, souverain de l’Empire romain d’Orient (aussi connu sous le nom d’Empire byzantin). Cette rencontre a marqué le début d’une relation durable entre la famille de Robert et la capitale impériale, Constantinople – alors de loin la plus grande et la plus spectaculaire ville d’Europe.
Croix byzantine tardive, seconde moitié du XVe siècle, bois de palmier, argent et étui en cuir © Adornes Estate
Quelques années seulement après cette rencontre, les comtes de Flandre ont envoyé une aide militaire vers l’Orient afin de contribuer à repousser la pression exercée par les incursions des Turcs seldjoukides sur Constantinople. L’un des objets les plus précieux de l’exposition est un manuscrit, aimablement prêté par la Bibliothèque vaticane, représentant Alexis Ier Comnène aux côtés des Pères de l’Église comme un fervent défenseur de la doctrine chrétienne. Il s’agit de l’une des deux seules représentations de cet empereur qui soient parvenues jusqu’à nous.
Au cours des décennies suivantes, les relations entre la Flandre et Constantinople se sont renforcées. À la fin des années 1090, des chevaliers flamands, menés par Robert II de Flandre, ont joué un rôle majeur au sein de la première croisade qui, après avoir mené divers combats à travers l’Asie Mineure, a finalement atteint la ville sainte de Jérusalem, qui a été conquise à l’été 1099. Un peu plus d’un siècle plus tard, un autre comte de Flandre, Baudouin IX, a pris à son tour la route de l’Orient afin de consolider la position des chrétiens dans la région. À court de fonds, l’armée croisée a dévié vers Constantinople en chemin. En 1204, poussés par la suspicion, la cupidité et par de fausses promesses, les chevaliers ont escaladé les remparts et mis la ville à sac. Par la suite, de nombreux trésors et reliques ont été envoyés vers l’Europe occidentale, parmi lesquels des épines attribuées à la Couronne d’épines du Christ, conservées à Namur.
Les croisés devaient à présent décider du sort de Constantinople dont ils avaient pris le contrôle. Il s’agissait à l’époque ni plus ni moins de la plus grande ville chrétienne du monde. Ils ont donc organisé une élection afin de désigner un nouveau souverain et nommé Baudouin IX de Flandre comme empereur. Son frère, Henri de Flandre, lui a succédé quelques années plus tard. Les filles de Baudouin, Jeanne et Marguerite, étaient particulièrement fières de cet héritage, revendiquant fréquemment leur lignée constantinopolitaine dans les documents qu’elles signaient.
Ces liens avec l’Orient ont aussi laissé leurs traces sur la ville de Bruges elle-même. Au milieu du XIIe siècle, Thierry d’Alsace, comte de Flandre de 1128 à 1168, a fait construire ce qui allait devenir la basilique du Saint-Sang, destinée à abriter le sang du Christ, une relique qui a probablement apportée à Bruges qu’après 1204. Des siècles plus tard, au XVe siècle, au retour d’un pèlerinage à Jérusalem, Anselm Adornes, marchand d’origine génoise anobli grâce à sa réussite, a remodelé sa chapelle familiale afin d’évoquer le Saint-Sépulcre lui-même. Avec sa tour octogonale et son relief évoquant le Calvaire, sa Chapelle de Jérusalem faisait entrer la Terre sainte à Bruges.
Image de l'exposition avec Scènes de la Passion du Christ de Hans Memling Photo © Visit Bruges / Jan Darthet
C’est notamment pour cette raison que nous tenions tant à présenter le célèbre tableau « Scènes de la Passion du Christ », habituellement conservé à la Galleria Sabauda de Turin. Peint par Hans Memling, l’un des artistes les plus emblématiques de Bruges, ce tableau représente Jérusalem sous des traits non seulement reconnaissables, mais également familiers pour les habitants de Bruges. Un peu à l’image de la chapelle d’Anselm Adornes, l’œuvre est destinée à montrer que, malgré son éloignement géographique, la Ville sainte présente de nombreuses similitudes avec le lieu que les citoyens considèrent comme leur foyer.
Contemporains et rivaux
Un autre des mondes explorés au sein de l’exposition s’intéresse aux liens avec la Méditerranée, plus particulièrement à la circulation d’informations, de connaissances et de technologies venues de par-delà le bassin méditerranéen. Nous y présentons par exemple la plus ancienne machine à engrenages connue au monde, exceptionnellement prêtée par le History of Science Museum d’Oxford, ma ville d’origine : cet objet permet d’illustrer comment les savoirs liés au calcul mathématique et à la précision scientifique ont été transmis à l’Europe depuis le monde arabe. Nous exposons aussi le portrait de Marguerite van Eyck réalisé par son célèbre mari Jan van Eyck – lui aussi l’une des personnalités les plus renommées de Bruges – dans le but d’inviter les visiteurs à réfléchir à la manière dont la géométrie a permis aux artistes de réaliser des créations toujours plus élaborées.
Jan van Eyck, Portrait de Margareta van Eyck, 1439© Musea Brugge / Photo : Hugo Maertens
L’étude de l’Histoire est aussi utile pour attirer l’attention sur des aspects très concrets, tels que les contraintes pratiques et logistiques de l’époque. Dans cette section de l’exposition, nous présentons donc des pierres qui servaient de lest à bord de navires qui arrivaient à Bruges, leur permettant d’assurer leur stabilité en mer. Cela peut sembler trivial, mais sans ces pierres, les risques encourus par les embarcations étaient bien plus importants. En vitrine se trouvent également exposés des documents attestant comment les marchands des cités italiennes calculaient les prix et les bénéfices des marchandises qu’ils expédiaient vers Bruges. Ces sources soulignent l’importance non seulement de tenir une comptabilité rigoureuse, mais aussi de rester attentif aux évolutions des marchés. Enfin, un troisième objet évoque les aléas du commerce international : il s’agit d’une magnifique bourse munie de diverses poches, permettant de conserver séparément différents types de devises. Nous avons tous déjà fait l’expérience de rentrer d’un long voyage avec quelques pièces ou billets en poche, qui s’avèrent bien moins utiles chez soi qu’ils ne l’étaient à l’étranger.
Nous avons aussi jugé important de replacer Bruges dans son contexte global, en parallèle à d’autres événements survenus ailleurs dans le monde à la même époque. Tout comme pour les autres sections de l’exposition, l’excellent comité scientifique, composé de Jan Dumolyn, Axel Langer, Jo van Steenbergen et Wim De Clercq, a contribué à mettre en lumière quelques connexions particulièrement stimulantes. L’une d’elles repose sur l’image du dirigeant idéal. Selon les riches archives historiques, parmi les nombreuses figures admirées au Moyen Âge, aucune ne jouissait d’un prestige comparable à celui d’Alexandre le Grand. Son nom est bien connu en Europe, mais on oublie parfois à quel point son influence a également été considérable dans de nombreuses régions d’Asie. Nous avons donc cherché à montrer les différentes manières dont ses exploits ont été célébrés, repris et imités à travers le monde.
Nous avons également soigneusement réfléchi à la meilleure façon d’afficher le célèbre portrait de Philippe le Bon, figure emblématique de Bruges à son apogée. Dans l’exposition, nous l’avons mis en regard de la non moins célèbre étude de Giovanni Bellini représentant Mehmed le Conquérant, le grand souverain ottoman dont la prise de Constantinople en 1453 a marqué l’un des grands tournants de l’histoire mondiale. Les deux hommes étaient contemporains : rivaux à bien des égards, ils partageaient néanmoins de nombreux points communs. Nous sommes les premiers à les réunir ainsi dans une même exposition.
Anonyme,copie d'après Rogier van der Weyden, Portrait de Philippe le Bon, vers 1451-1500, et Giovanni Bellini, Portrait de Mehmed le Conquérant 1480© Musea Brugge / The National Gallery, Londen
Nous terminons ce voyage historique par le monde atlantique, qui a commencé à émerger dans les années 1400. En effet, des planteurs et investisseurs flamands ont joué un rôle crucial dans l’ouverture des complexes de plantations qui se sont développés sur les îles de l’Atlantique, dans les décennies précédant la traversée de Christophe Colomb. Au premier rang des exportations figurait le sucre, une denrée qui se vendait à prix d’or en Europe et pour laquelle la demande était en hausse. L’implication de la Flandre dans ces entreprises pionnières a été telle que les Açores ont été un temps connues sous le nom de Vlaamse eyelandes, ou « îles flamandes ».
Patrimoine mondial
L’exposition s’achève au milieu du XVIe siècle. À cette époque, c’est un nouveau monde qui se déployait dans les Amériques. Les principaux bénéficiaires en ont été les Espagnols et les Portugais qui, autrefois confinés à l’extrémité occidentale de l’Europe en marge des grands réseaux commerciaux, se retrouvaient désormais idéalement placés pour exploiter les richesses de ce qui allait bientôt être appelé littéralement le Nouveau Monde.
Dès ses origines, Bruges s’est imposée comme une ville ouverte sur le monde
Cette période a été synonyme d’opportunités pour certains, mais pas pour tous. Dans le cas de Bruges, des villes concurrentes comme Anvers et Amsterdam ont redoublé d’efforts pour rivaliser avec le modèle brugeois, mettant en place des mesures incitatives destinées à attirer en leur sein artistes, commerçants et autres talents. Les pressions exercées sur l’environnement ainsi que l’ensablement progressif du port ont également rendu l’accès à la mer plus difficile, nécessitant des investissements considérables en capitaux et en main-d’œuvre dans ce qui s’apparentait à une bataille perdue d’avance. Bruges n’a pas surfé sur la vague du monde moderne naissant – mais cela signifie aussi qu’elle n’a pas pris part dans la même mesure que d’autres aux systèmes d’exploitation et d’esclavage qui l’ont accompagné.
Aujourd’hui, Bruges est une ville mondialement connue, accueillant des visiteurs du monde entier et dont le centre historique a été inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Cette dimension internationale n’est toutefois pas une invention récente : elle a toujours existé. Dès ses origines, Bruges s’est imposée comme une ville ouverte sur le monde, un lieu où se rencontraient des régions lointaines, où les objets portaient des récits de terres éloignées, et où les existences locales étaient façonnées par des dynamiques globales.
Jan Luyken, Nouvelle carte de toutes les îles flamandes, 1681 © Amsterdam, Rijksmuseum
L’exposition met ainsi en lumière ces mondes de Bruges dans toute leur richesse et leur complexité. Elle invite le visiteur à poser un regard neuf sur la ville – pas uniquement comme le majestueux vestige d’un âge révolu, mais comme un joyau dont l’éclat a été forgé par des siècles de connexions, d’échanges et de créativité humaine, et qui continue de rayonner lorsqu’il est replacé dans la vaste constellation des mondes dont il a longtemps constitué l’un des centres.
L’exposition Vision large : Les mondes interconnectés de Bruges est présentée au musée BRUSK de Bruges jusqu’au 6 septembre 2026.










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