« Goesting » : quand le vilain petit mot devient un chouchou en Flandre
Les Néerlandais et les Flamands utilisent souvent des mots différents pour désigner une même réalité. À l’intérieur des Pays-Bas et de la Flandre cohabitent aussi des variantes linguistiques. Connu aujourd’hui jusqu’au Pays-Bas, il y a une vingtaine d’années, goesting était encore prié de rester à la porte du néerlandais standard. Mais il avait très envie d’y entrer.
© Miet Oooms
En 2004, les auditeurs de la station flamande Radio 1 ont élu goesting au titre de plus beau mot de la langue néerlandaise (en Flandre). Et si vous demandez aujourd’hui au Néerlandais moyen s’il connaît un mot flamand, il y a de fortes chances pour qu’il vous cite, outre les interjections amai et allee, le mot goesting (envie, en français). De nos jours, goesting fait même carrière en tant que nom auprès des restaurants, magasins d’alimentation, cafés ou entreprises qui désirent dégager une aura de positivité.
C’est d’autant plus étonnant qu’il y a une vingtaine d’années, goesting figurait parmi les mots flamands à éviter absolument. On ne devait pas dire goesting, mais trek ou zin : ik heb trek in kaas, ik heb zin om naar de film te gaan (j’ai envie de fromage, j’ai envie d’aller au cinéma). Ses racines françaises – goesting est apparenté à goût – ne sont sans doute pas étrangères à ce rejet. À l’époque où le fait pour un mot de n’être utilisé qu’en Belgique suffisait à le bannir de la langue standard, les gallicismes (emprunts fautifs au français) étaient particulièrement pourfendus. Le français a effectivement eu beaucoup plus d’influence sur les dialectes en Flandre que sur le néerlandais aux Pays-Bas. Bref, faisant partie de ces mots dialectaux d’origine française, goesting a longtemps été mis au ban de la langue admise.
Emission télé, magasin de fruits et légumes, projets éducatifs, restaurants et, comme ici, une friterie: des entreprises et initiatives variées ont fait de ce mot leur nom.© goestingzele.be
Au tournant du siècle, toutefois, l’attitude envers le néerlandais de Belgique a opéré un virage radical et goesting s’est vu élevé au rang de symbole du néerlandais de Belgique. À tel point qu’il est aujourd’hui omniprésent dans les noms d’entreprises, de projets et initiatives variées. Citons par exemple le restaurant De Goei Goesting à Hasselt, le magasin de fruits et légumes De Groene Goesting à Halen, le trajet d’intégration GOESTING à Malines ou encore le projet Goesting in Taal, où les allophones peuvent apprendre de manière informelle le néerlandais de Belgique.
© Lezen met goesting
La popularité de goesting donne l’impression que ce mot est couramment utilisé à travers toute la Flandre, mais ce n’est pas le cas : en Flandre occidentale et orientale, la variante goeste (également prononcée [hoeste]) est beaucoup plus courante dans le langage quotidien. Goesting y reste limité sporadiquement à un nom de restaurant (Goesting à Bruges) ou de magasin d’alimentation (la sandwicherie Met goesting à Nazareth), à une campagne comme le trophée du Commerçant met goesting lors du Week-end du client à Roulers en 2023, ou encore, par exemple, à l’ASBL gantoise Goestedoenders, qui organise des ateliers créatifs pour enfants.
S’il vous venait malgré tout l’envie de « néerlandiser » goesting ou goeste, attention : vous ne pourrez pas toujours le remplacer simplement par trek ou zin. Si un gâteau vous fait saliver, vous emploierez indifféremment trek ou zin hebben in taart, mais si vous vous réjouissez d’une excursion ou d’un nouvel emploi, vous ne pourrez utiliser que le mot zin, et non trek (qui se rapporte davantage à la faim). Enfin, s’il est question de votre prédilection pour le classique ou le moderne, alors zin et trek resteront tous deux au placard, car, dans ce cas, goesting et goeste se traduisent par « goût » et seront remplacés en néerlandais des Pays-Bas par smaak. Ieder zijn goesting signifie en effet « à chacun son goût » !








Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.