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NEXT : « Ranimer l’imaginaire »
Mette Ingvartsen, 'Moving in Concert' © Marc Domage
Mette Ingvartsen, 'Moving in Concert' © Marc Domage Mette Ingvartsen, 'Moving in Concert' © Marc Domage
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NEXT : « Ranimer l’imaginaire »

Le festival NEXT a déjà connu onze éditions de danse, de performance et de théâtre dans notre région frontalière. Des prestations artistiques internationales au plus haut niveau, pendant un mois. Cette année, l’affiche offre une grande variété. C’est le résultat de la diversité des programmateurs autour de notre table, estime le coordinateur Benoit Geers. En 2019, le festival transfrontalier met à l’honneur les artistes espagnols.

La volumineuse brochure-programme ne compte pas moins d’une centaine de pages. Pour NEXT 2019, la jeune génération est invitée à « réanimer l’imaginaire de notre territoire », indique la publication dès ses premières lignes. « Est-ce un défi ? », demandons-nous à Benoit Geers, qui coordonne depuis des années le festival et en définit clairement l’enjeu : «Je ne pense pas que l’homme puisse se passer de l’imaginaire. Dans tout ce qu’il fait, l’imaginaire doit être présent. Il faut que les artistes aient toute liberté, ici et maintenant. Cela pourra nous inspirer de nouvelles idées, y compris pour la région frontalière. Donner à imaginer, c’est plus que donner à percevoir. Il s’agit aussi de faire réfléchir les gens.»

Au fil du temps, NEXT est devenu une institution dans l’Eurométropole. Le partenariat franco-belge est solidement ancré en differents lieux: la rose des vents (Villeneuve d’Ascq), l’Espace Pasolini et Le Phénix (tous deux à Valenciennes), le Schouwburg Kortrijk (Théâtre de Courtrai), le Centre d’art BUDA (Courtrai) et la Maison de la culture (Tournai). Entre-temps, le festival a essaimé dans toute la région Hauts-de-France.

La qualité artistique prime

Cette année, il faut mentionner le très prometteur spectacle d’ouverture Multitud, de Tamara Cubas . La chorégraphe uruguayenne explore avec soixante-dix participants sur scène les rapports de forces au sein d’un groupe. Milo Rau, directeur artistique du NTGent, le Nouveau Théâtre de Gand, propose Orestes in Mosul et The Congo Tribunal. Une exposition intitulée Burengeluid (Bruit de voisinage) rend même le son visible. Les numéros viennent de toute l’Europe, de Russie et d’Amérique. À l’affiche , nous avons Nature Theater of Oklahoma, Marion Siéfert, Olga de Soto, Lenio Kaklea, Christan Rizzo, Mohamed El Kathib et bien d’autres noms internationaux des arts de la scène ( théâtre, performance et danse). « Cette diversité correspond à la diversité de nos partenaires autour de la table », explique Benoit Geers. « Notre sélection fait abstraction de la nationalité. La qualité artistique prime. Si nous voulons montrer ce que font les artistes d’aujourd’hui, un regard international s’impose. Notre coopération permet d’avoir un regard aussi large, en unissant nos forces. Nous voulons aussi en profiter pour surprendre. Plutôt que de chercher à obtenir des résultats rapides et à attirer les foules, nous préférons avoir un festival dans lequel l’audace et la diversité soient présentes. En attendant, nous faisons aussi venir le public dans les différentes régions. »

NEXT travaille aussi depuis plusieurs années avec son public. Comme l’an dernier, le festival fait appel à des participants de la région frontalière pour le spectacle d’ouverture. Dans Multitud la chorégraphe veut étudier un groupe, les relations de forces au sein d’un groupe, la force de chaque corps, la possibilité de toucher et d’être touché. Elle veut pour cela collaborer avec soixante-dix personnes. Ce groupe se promène, marche, rampe et rie collectivement. »

La préparation du spectacle a lieu dans les semaines qui précèdent le festival. Il s’agit donc de s’investir réellement. « C’est une façon de réunir des participants de la région qui ne pourraient avoir cette expérience autrement », précise Benoit Geers, « Sur ce plan, nous disposons encore d’un grand potentiel. Le festival NEXT ne doit pas simplement s’adresser sur scène à un public passif. L’Eurométropole offre la parole à ses habitants. Dans le passé, nous avons élaboré les formules Eurometropolis Café et On a joué dans NEXT. Ce serait bien que nous puissions faire déboucher l’idée de participation sur des initiatives citoyennes. »

La scène espagnole existante et émergente produit un travail très intéressant

Cette année, le festival met à l’honneur les artistes espagnols. « Quand nous le pouvons, nous aimons ajouter une dimension thématique. Dans le passé, nous avons ainsi travaillé sur la crise financière et présenté les réponses que des artistes apportaient. Le thème de cette année est sur la table depuis deux ans déjà. La scène espagnole existante et émergente produit un travail très intéressant. Les spectacles sont drôles, nourris de présupposés, innovants sur le plan scénographique. Ils n’ont cependant pas encore la visibilité qu’ils méritent en Europe. Les spectacles en soirée sont aussi combinés à des ateliers et rencontres avec les artistes l’après-midi. L’actualité en Espagne et en Catalogne sera naturellement évoquée, mais ce n’est pas là l’essentiel. »

Trois recommandations de Benoit Geers pour le festival

« J’attends beaucoup de Jefta Van Dinther, avec The Quiet. Sa manière de susciter une atmosphère sur scène est phénoménale. Sa façon de jouer avec la lumière et les corps quasi-extraterrestre. Il crée un univers propre dans lequel il entremêle l’humain, l’animal et le mécanique. Je connais déjà une grande part de son travail. Récemment, j’ai eu l’occasion de voir Dark Field Analysis, par exemple, et j’ai été subjugué. »

Mette Ingvartsen, avec Moving in Concert. « Elle clôt un chapitre sur la sexualité, thème qu’elle a déjà exploré auparavant. C’est un très beau travail, accessible aussi à un large public. Mette amène les arts visuels sur scène et parle au public à travers ses mouvements. Elle engage le dialogue avec les autres danseurs et le public en prenant de la distance puis en cherchant de nouveau le rapprochement. Elle raconte la joie d’être un humain et de pouvoir profiter de son corps, dans un rapport à la jouissance, à la nature et à la puissance. Parfois aussi à la simple joie de vivre. Je n’ai pas encore vu le spectacle, mais j’ai hâte de le découvrir. »

Olga de Soto, avec Mirage. « Le spectacle a été nominé au prix de la Critique belge francophone. C’est un spectacle très visuel, sobre et raffiné. De Soto part de nos perceptions d’objets inexistants. D’où le titre du spectacle. Elle a créé une chorégraphie enlevée, dans laquelle solidarité et générosité font bon ménage. La couverture de notre brochure est une image de son spectacle. Chaleureux et étonnant. »

Festival NEXT, du 14 novembre au 7 décembre inclus dans l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai et à Valenciennes

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