SOS Blootland : la musique au service du flamand de France
Sur la côte française de la mer du Nord, entre dunes et polders, le flamand de France est toujours présent. Ce dialecte du flamand occidental a été pendant des siècles la langue d’usage dans les villages de la Flandre maritime. Depuis bientôt quarante ans, SOS Blootland travaille à la renaissance et à la visibilité de cette tradition linguistique.
Depuis 1989, SOS Blootland valorise le patrimoine culturel de la Flandre française, et notamment les traditions maritimes de la côte flamande. « Notre devise est très simple », explique son président Joël Devos : « Steunen of sterven, soutenir ou sombrer. »
À l’origine de SOS Blootland, il y a un projet artistique qui a peu à peu donné naissance à un engagement culturel plus large, où musique, langue et identité régionale sont étroitement liées. Le 9 décembre 1987, Jacques Yvart, Raymond Declerck, dit « Klerktje », et Gérald Ryckeboer lancent le projet d’un 33 tours consacré aux chansons des habitants de la côte flamande : Liedjes van de menschen van de Vlaemsche kusten.
Le disque, accompagné d’un livret de 8 pages, rencontre un succès inattendu. « Ce 33T a donné naissance au groupe de musique “Blootland”, avec les trois musiciens précités, auxquels se sont joints Katrien Delavier, Christian Declerck et Joël Devos. » Le groupe se produit ensuite dans des festivals en France, en Belgique et en Angleterre, jusqu’à Rostock, en Allemagne.
Un « pays nu » tourné vers la mer
Blootland signifie littéralement « pays nu ». Le terme désigne la plaine ouverte et maritime de la Flandre française, par opposition au Houtland, le « pays du bois », plus boisé. Dans cette région tournée vers la mer, la pêche et le port de Dunkerque ont longtemps rythmé la vie quotidienne, tandis que le flamand était la langue couramment parlée dans les villages.
SOS Blootland fait revivre ces traditions : « Nous proposons des spectacles bilingues – textes et chansons – autour de la pêche à Islande et de personnages pittoresques comme Tisje Tasje ou Edmond de Coussemacker, ainsi que des veillées autour de textes et de poèmes de Flamands de France et de Belgique. »
Tisje Tasje, ici sous forme de géant, fait partie des figures auxquelles s'intéresse SOS BLOOTLAND.© Jmsaus / Wikimedia Commons
Parmi les programmes proposés par l’association figurent « De Flandre à Islande / Van Vlaenderen toet Ysland », consacré à la vie des pêcheurs en mer, et « Femmes de marin, femmes de chagrin », qui évoque la vie des femmes restées à terre.
Faire vivre la langue
Aujourd’hui, SOS Blootland compte plus de 130 membres, une base solide pour un mouvement de promotion linguistique régionale. L’association mène son action sur plusieurs fronts, de l’organisation de rencontres à l’enseignement du flamand occidental, en passant par l’édition et la radio.
Des causeries mensuelles ou trimestrielles sont organisées à Coudekerque-Branche depuis 2014 et à Oost-Cappel depuis 2023. L’association intervient également, de manière plus ponctuelle, à Bray-Dunes, Uxem, Warhem et dans d’autres lieux, notamment des maisons de retraite.
La transmission passe aussi par les cours de langue. Depuis 2020, SOS Blootland organise des cours de flamand occidental à Bergues et à Dunkerque, dans le prolongement d’une initiative pionnière lancée jadis par Het Reuzekoor (Le chœur du géant). « Vous connaissez le flamand occidental ? Un peu ? Beaucoup ? Pas du tout ? Tout le monde est bienvenu. Vous pouvez vous y inscrire même en cours d’année. »
Le spectacle « Femmes de marin, femmes de chagrin » évoque la vie des femmes restées à terre.© SOS BLOOTLAND
L’association publie par ailleurs des livres et des CD en langue régionale, ainsi qu’une gazette destinée à ses membres, la Blootland’s Gazet. Elle fait également entendre le flamand à la radio avec l’émission En direct du Blootland / Rechtuut Van Blootland, diffusée tous les premiers dimanches des mois pairs, de 19 h à 21 h, sur Radio Uylenspiegel, puis rediffusée le jeudi suivant et disponible en podcast.
SOS Blootland participe enfin, en tant qu’association cofondatrice, aux travaux de l’Institut de la Langue régionale flamande (ANVT/ILRF), notamment en faveur de la prise en compte du flamand dans l’enseignement des langues régionales.
Nouvelles générations
SOS Blootland ne s’adresse pas à un public de niche qui serait tourné vers la nostalgie, mais à toute personne attachée au patrimoine local et, en particulier, à la langue régionale. L’association voit ainsi son public s’élargir. « Nous avons constaté avec grand plaisir l’arrivée de “jeunes” désireux d’apprendre la langue de leurs aînés et de faire perdurer nos spécificités. Ces jeunes éléments s’investissent dans notre quotidien et certains prennent également des responsabilités au sein du conseil d’administration », explique Joël Devos.
Cela se voit aussi sur la page Facebook de SOS Blootland, qui compte plus de 825 abonnés, dont près d’un quart sont originaires de Belgique. Lorsqu’une causerie est organisée, il n’est d’ailleurs pas rare d’y rencontrer des visiteurs venus d’outre-frontière.
Une culture qui traverse la frontière
Les liens avec l’espace néerlandophone se concrétisent également par des collaborations avec d’autres acteurs de la culture flamande. SOS Blootland entretient « d’excellentes relations avec des acteurs flamands, situés toutefois principalement en Flandre française ». L’association fait notamment la promotion des activités du Flor Barbry Volkstoneel, une troupe qui perpétue la tradition du théâtre populaire.
SOS Blootland a organisé la conférence « L'empreinte du flamand à Dunkerque » lors des journées européennes du patrimoine.© SOS Blootland
Elle est également affiliée à différentes fédérations qui soutiennent la culture maritime et le patrimoine régional.
« Steunen of sterven – soutenir ou sombrer. » La formule peut paraître quelque peu alarmiste. Après tout, SOS Blootland est avant tout une association socioculturelle, mais elle s’est dotée d’une véritable mission : faire en sorte que le flamand de France reste une langue vivante, parlée et transmise, et pas seulement un héritage du passé.









Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.