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Le Parc Bleu : climat, culture et choix
© B. Noels
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Le Parc Bleu : climat, culture et choix

Le dense réseau hydrographique de la région frontalière de Lille, Courtrai et Tournai est un atout. Il suffit de voir la carte de la région pour se rendre compte que le bleu est omniprésent : des grands cours d’eau aux petits ruisseaux qui sillonnent ce territoire. L’Eurométropole Lille - Kortrijk - Tournai s’appuie sur ce maillage fin pour réaliser un projet fédérateur : le Parc Bleu de l’Eurométropole. Une belle ambition qui peut donner des résultats tangibles. À condition de faire des choix.

J’ai acheté récemment un vélo plus léger. Une nécessité, car j’aime parcourir de longues distances. Il y a quelques années, j’avais déjà suivi à bicyclette un itinéraire de plus de 90 kilomètres le long de la Deûle, de la Lys, du canal Bossuit-Courtrai, de l’Escaut, du canal de Roubaix et de la Marque. C’est faisable avec un vélo de ville normal, mais quelques kilos de moins doivent permettre de mieux rouler.

Ce Carré Bleu, une succession de cours d’eau bordés de pistes cyclables illustre parfaitement ce que le Parc Bleu peut devenir. Vous pouvez vous y dépenser physiquement et acquérir une toute autre image mentale de la région frontalière. Si vous n’aimez ni les excursions shopping ni les villes et leur accessibilité en voiture, le Carré Bleu vous fera découvrir une Eurométropole bien différente : verte, périurbaine et rurale. Rien à voir avec les autoroutes E17 ou E42 qui vous font pénétrer en un rien de temps – mais non sans bruit – dans les centres urbains de la région frontalière.

Pour autant, faire du vélo dans le Carré Bleu n’a pas toujours un caractère paradisiaque. Le fléchage est assez hasardeux et capricieux, tout comme la qualité des infrastructures cyclables. Bonne nouvelle : les acteurs de l’Eurométropole ont déjà entrepris, entres autres actions, de supprimer les « liaisons manquiantes ».

Réponse aux défis climatiques

Le Parc Bleu de l’Eurométropole est un projet pour lequel les 14 partenaires publics de l’Eurométropole veulent trouver des thèmes fédérateurs. Excellente ambition en soi. Trop longtemps et trop souvent, les acteurs publics ont travaillé en parallèle, chacun dans son secteur, dans le cadre strict de leurs compétences. Agir ensemble pour rechercher des solutions globales représente un grand pas en avant.

Le Parc Bleu est avant tout une aventure très parlante qui peut apporter une réponse aux défis climatiques auxquels nous sommes confrontés. La région frontalière doit faire face à des inondations, mais risque, au fond, de manquer d’eau. Il faut augmenter la capacité d’absorption, en procédant à un bon aménagement du territoire, en décompactant les sols et en offrant à l’eau davantage d’espace.

Ces actions vont de pair avec l’aménagement de zones naturelles. Les espaces boisés sont insuffisants, la biodiversité menacée, tout comme les paysages ouverts et la vraie nature. Le Parc Bleu est parcouru de corridors verts et bleus qui constituent le maillage de la région frontalière et permettent aux hommes, aux animaux et aux végétaux d’évoluer dans un environnement sain. C’est autre chose que de filer à Auchan par l’A 17 et de s’arrêter en vitesse à la Promenade de Flandres. Qui a pu donner l’autorisation de construire un ensemble pareil ?

Il faut donc savoir que le Parc Bleu repose ou devrait reposer sur l ’écologie, ce qui s’accorde mal avec l’intégration à n’en plus finir d’autres fonctions.

Zalando sur l’eau ?

Les travaux sur la Lys à Courtrai sont déjà du passé. Ce sera aussi bientôt le cas à Harelbeke. Des travaux démarrent à Menin, alors qu’à Tournai la question du pont des Trous a été tranchée et que les travaux d’élargissement de l’Escaut vont bon train. L’objectif de la liaison Seine-Escaut, un projet qui doit s’étaler sur une dizaine d’années, est de faciliter le transport par voie navigable au gabarit européen. En pleine adéquation avec les objectifs écologiques et climatiques, pourrait-on penser. C’est aussi le cas : le transport fluvial génère moins d’émissions de CO2 que le transport routier.

Comment se fait-il alors que les milieux écologistes n’approuvent pas ce projet de liaison Seine-Escaut ? Tout d’abord parce qu’ils ont été échaudés dans le passé quand des travaux de canalisation ont détruit la nature qui existait sur les rives et que les pouvoirs publics restaurent en créant des zones inondables, pour les crues, et des zones naturelles.

Mais la critique des milieux écologistes est plus fondamentale : Quelle est la finalité de ce transport ? Ces grands bateaux qui emprunteront nos voies navigables serviront-ils à soutenir un circuit d’approvisionnement relativement court ? Ou bien à transporter des biens de consommation d’outremer ? Une sorte de Zalando, par conséquent, mais avec de gros bateaux. Cela ne nous rappelle-t-il pas le modèle économique de la mondialisation ? Cette critique nous fait porter un regard différent sur les travaux d’élargissement. Les efforts en faveur du transport fluvial servent-ils à déplacer sur le mode durable des flux de marchandises ou s’agit-il d’un simple blanc-seing pour le développement de l’activité de transport ?

La culture compte de nouveau

Le projet du Parc Bleu renferme également une invitation enthousiaste en direction des artistes, des artisans et des créateurs. En effet, il s’agit non seulement, en l’occurrence, d’intervenir sur l’espace, mais aussi de rendre cet espace viable. Les maisons de la culture se félicitent de cette approche. « Nous sommes là de nouveau », a déclaré récemment Joost Fonteyne, directeur de Wilde Westen, qui organise des concerts et des festivals à Courtrai, à l’occasion d’une présentation du Parc Bleu. Il n’en reste pas moins que dans le cadre du programme Interreg, les initiatives purement culturelles ont du mal à aboutir. L’Eurométropole a également choisi, il y a quelques années, de ne plus agir activement en faveur de la culture. Les 14 partenaires de l’Eurométropole font maintenant marche arrière. Mais que demande-t-on aux acteurs de la culture dans le cadre du Parc Bleu ? Organiser des festivités le long de l’eau ? Célébrer des succès ? Non, beaucoup plus : La culture est invitée pour ses fonctions essentielles : du tranchant et de la profondeur, une culture qui interpelle, dissèque et crée du lien. Si les acteurs concernés répondent de manière authentique à cette invitation, le Parc Bleu peut occuper l’espace mental qu’il mérite.

Les pionniers de la coopération transfrontalière donnent l’impression d’être désabusés. L’abstraction et la lenteur des travaux de coopération a été décriée plus d’une fois, mais les échos sont plus positifs ces derniers temps. Le Parc Bleu parvient à un résultat que d’autres projets n’ont pu produire : un appel à la viscéralité, à la rationalité et à la sensibilité. Ll’Eurométropole joue dans ce projet plutôt le rôle d’une plateforme de concertation que celui de la structure pyramidale qui prévalait naguère dans la culture administrative. Cette démarche ne peut être que bénéfique pour le projet. L’avenir est aux plateformes, aux réseaux. Et au Parc Bleu.

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