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Duffel : l’humble berceau d’un célèbre manteau

2 octobre 2026 3 min. temps de lecture Les Plats Pays inusités

Vous avez sûrement déjà entendu parler du duffel-coat, mais saviez-vous que ce manteau trouve ses origines dans une petite ville de Flandre ?

Il n’y a peut-être que les Anglais pour s’enthousiasmer quand on parle de la sortie d’autoroute de Duffel, située entre Bruxelles et Anvers. Pendant presque un quart de siècle, d’environ 1950 à 1975, les enfants britanniques allaient à l’école vêtus d’un duffel-coat bleu foncé. Certains auraient même transporté leurs affaires de sport dans un duffel bag.

L’histoire d’amour entre les Anglais et le duffel-coat remonte à la fin du XIXe siècle : à l’époque, le manteau était porté par les matelots sur les cuirassés de la Royal Navy. La popularité du duffel-coat a atteint son apogée pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les marins des convois de l’Atlantique résistaient au froid cinglant en s emmitouflant dans leur duffel-coat, trois paires de chaussettes en laine aux pieds et un passe-montagne sur la tête.

Le maréchal Montgomery en portait un. C’était également le vêtement préféré de l’ours Paddington. Dans les années 1970, il passe de mode et finit par paraître ringard. En 1981, le duffel-coat perd définitivement la respectabilité qu’il avait acquise en temps de guerre quand Michael Foot, leader du parti travailliste, est moqué pour s’être présenté à la cérémonie du Jour de l’Armistice vêtu d’un duffel-coat.

En 2004, j’ai visité les archives de Duffel pour en apprendre davantage sur l’histoire du duffel-coat. Il m’a fallu chercher longtemps, mais j’ai finalement trouvé un document décrivant l’industrie textile médiévale à Duffel. Alors que d’autres villes flamandes produisaient du tissu fin destiné aux aristocrates, Duffel s’était spécialisée dans un tissu grossier et bon marché porté par les plus démunis.

Les archives montrent que le tissu Duffel se vendait jusqu’à Londres et Riga. Le duffel-coat a même fini par atterrir en Amérique. Au même titre que les perles de verre et les clous, le manteau fait partie des objets bon marché que les Néerlandais ont échangé aux Autochtones contre cette île appelée Manhattan, qui ne valait apparemment rien.

C’est au XVIIIe siècle que le mot duffel, qui définit un tissu de laine grossière, a fait son apparition dans la langue anglaise. Le nom de la ville se retrouve également ans l’expression néerlandaise zich warm induffelen, qui signifie se couvrir bien chaudement. En anglais américain, le concept de duffel bag est bien connu, mais peu de personnes sauraient reconnaître un duffel-coat.

Les Français connaissent eux aussi le duffel-coat, qui est, selon Le Petit Robert, un « manteau trois-quarts avec capuchon, en gros tissu de laine ». On trouve la trace du mot en France à partir de 1945, il aurait vraisemblablement été introduit par les troupes britanniques.

On aurait pu penser que Duffel mettrait en avant son célèbre manteau. Avec un musée qui lui serait dédié par exemple, ou par le biais d’un simple panneau indiquant : « Bienvenue à Duffel, berceau du duffel-coat ». Mais cette modeste ville flamande a préféré ériger une statue de Cornelius Kilianus Dufflaeus, le philologue et érudit flamand qui a compilé le premier dictionnaire de la langue néerlandaise.

Peut-être ont-ils raison de faire preuve de modestie, puisqu’il est difficile d’établir un lien entre Duffel et le manteau. L’industrie textile locale avait déjà disparu lorsque le duffel-coat a commencé à être produit en Angleterre.

L’archiviste municipal reçoit souvent des appels du monde entier. Les gens veulent savoir où se trouve l’usine de duffel-coat à Duffel, mais il doit leur expliquer qu’elle n’a jamais existé.

Le seul monument est une statue d’un duffel-coat dressée au centre du rond-point très fréquenté de la Hondiuslaan. Cette statue a été commandée en 2007 par Frans Vermeulen, un entrepreneur local, et est restée devant son bureau pendant plusieurs années. La municipalité a finalement accepté de lui trouver un emplacement bien en vue. Qui sait, peut-être qu’un jour, un musée ouvrira ses portes.

Derek Blyth

Derek Blyth

journaliste

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